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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 15:25

- Un diabolo menthe s'il te plaît. Merci beaucoup.

Après trois heures de marche en plein soleil sur les pentes abruptes de mes montagnes, je méritais bien ma petite pause. Et quoi de mieux que ce petit café restaurant niché tout au fond de la vallée, entouré des plus hautes cimes alpines. Quelques cloches tintaient et l'écho prolongeait les sons jusqu'à en faire une musique orchestrée. Sous leurs belles robes marrons, les vaches ne semblaient pas du tout préoccupées par les quelques randonneurs attablés. Le temps était magnifique en cette journée de juin. J'aime particulièrement la montagne à cette saison avant que les chemins ne se transforment en autoroutes estivales de marcheurs en sandalettes. Quelques pâquerettes et bouton d'or agrémentent le tableau vert tendre des alpages. Comme les vaguelettes ondulent à la surface des lacs, les sapins dansent en cadence au gré de la petite bise de printemps. Quelques neiges habillent encore les sommets, rappelant que l'hiver fut rude en altitude et que les nuits sont encore fraîches. Un petit torrent s'écoule à quelques pas de moi. Le cliquetis de son eau sur les rochers me remplit d'un sentiment de plénitude. Tout est calme et serein. Je pourrais rester des heures à contempler ce spectacle. La boucle du temps n'existe plus. L'immensité me suffit. Elle me comble.

Le patron de ce petit commerce a su donner une nouvelle vie à une vieille grange délabré. Je n'en donnais d'ailleurs pas très chers la saison dernière. Le toit était complètement effondré. Seuls les murs paraissaient vouloir résister au temps. Il l'avait toute retapée. Les murs de pierres grises et marronnées portaient un toit de lozes. La largeur de la porte d'entrée, vraisemblablement en chêne laissait imaginer les dimensions gigantesques d'un arbre plus que centenaire. A l'intérieur, le bois sentait encore le foin et l'étable. Les odeurs des animaux, vaches, chèvres , brebis avaient imprégné toute la bâtisse. Il y faisait toujours frais, même en plein été. Gaston pouvait paraître un peu rustre du haut de son petit mètre soixante. Mal rasé, le visage bronzé et ridé par le climat montagnard. Chemise à carreaux et pantalon de velour, le béret enfoncé sur la tête. Lorsqu'il lâchait son " j'vous écoute " de sa voix rauque, les clients marquait une petite pause avant d'oser passer commande. Pourtant, moi qui le connaît depuis si longtemps, je sais particulièrement qu'il aime les gens qui aime sa montagne. Il n'est pas havard de conseils pour les randonneurs qui partent à la découverte des lieux. D'ailleurs, lorsqu'il prend la parole et qu'il commence à parler de sa montagne, ses yeux brillent de passion, sa voix s'adoucit et Gaston enchaîne les mots et les phrases. C'est un vrai récital. Et il ne faut pas le titiller beaucoup pour qu'il vous conte quelques uns de ses exploits sur les parois rocheuses. Il avait été alpiniste durant sa jeunesse et avait ouvert quelques voie de renoms. Beaucoup se casse encore les dents là où lui à force de courage a tracé les chemins et passé tous les obstacles. Vers 60 ans, il avait raccroché le harnais et les cordes estimant que l'heure n'était plus à la prise de risque mais plutôt à passer du temps avec ses petits-enfants. Et leur faire découvrir la montagne. Mais comme si cela ne suffisait pas, il avait acheté et rénové cette grange pour en faire un lieu convivial au fond de la montagne. Il restait finalement proche des sommets et pouvait transmettre sa passion à qui voulait bien s'arrêter prendre un verre.

- Monsieur est servi, me dit-il en m'apportant mon diabolo. Tu as fait quoi aujourd'hui ?

- Rien. Je suis juste montée jusqu'ici histoire de me dégourdir un peu les jambes. Je n'ai pas fait beaucoup de randonnée ces derniers temps avec le boulot. Je remets la " machine " en route comme dirait l'autre.

- Bah ! Cela revient vite. D'ici 2 ou 3 jours, tu pourras faire " La Majestueuse ". C'est comme cela qu'il appelait l'un des sommets qu'il avait conquis de son jeune temps. Il avait mis 3 jours et perdu deux doigts de pieds dans cette aventure. Il avait un sourire en coin.

- Et là ! Je tiens encore à vivre quelques années. Je me contenterai de moins. Je préfère la regarder d'en bas celle-là. Et je n'ai pas envie de croiser tes doigts de pieds au détour d'un glacier.

Nous partîmes alors tous les deux dans un éclat de rire.

 

Un bruit sourd se fit entendre venant du fond de la vallée.

- Tiens. C'est l'hélico des Secours ! Encore un marcheur qui a fait le clown. Gaston n'était pas très tendre avec les randonneurs d'un jour.

- C'est le troisième fois depuis le début du mois. Les gens passent de leur fauteuil au sport sans se poser de questions. Et je ne parle pas de l'équipement. Une jambe cassée fin de semaine dernière et un malaise pas plus tard que mercredi.

En quelques secondes, nous ne nous entendions plus parler. L'hélicoptère était au dessus de nous et entamait sa descente sur la prairie. Le souffle du rotor couchait l'herbe et ébourifait les sapins à proximité. Une fois posé, le pilote coupa son moteur et deux secouristes descendirent. Ils étaient arnachés de sacs à dos. L'un d'eux portait un brancard plié sous le bras.

- Ils n'ont pas sorti l'artillerie lourde, s'exclama Gaston. Cela ne doit pas être trop grave.

Ils prirent le sentier à flan de montagne derrière la baraque de Gaston. Là, nous aperçûmes au loin deux personnes qui descendaient lentement. L'une semblait supporter le poids de l'autre. Mais à cette distance, il n'était pas très facile de se faire une idée.

- j'te le dis moi, c'est encore une cheville en vrac.

Une bonne demi-heure passa. Nous jetions de temps à autre un coup d'oeil au sauvetage en cours. Le temps d'un deuxième diabolo et d'une tarte à la myrtille, les secouristes apparurent au pied du sentier. Il avait déplié le brancard. Une personne y était allongée. Ils passèrent si près de la terrasse de chez Gaston que je pus entendre gémir la victime. Malgré le pas souple des secouristes, les quelques secousses semblaient activer la douleur du blessé. C'était un homme d'une quarantaine d'année d'environ. Bien que les traits d'une personne qui souffre faussent un peu les estimations. Suivait une jeune femme d'une trentaine d'année. Contrairement à ce qu'en disait Gaston. Elle était bien équipée. Chaussures de montagne, sac à dos, bâton de marche. Coiffée d'un chapeau de paille, quelques mèches blondes s'échappaient au vent. Elle s'arrêta pour refaire son lacet et fit quelques pas accélérés pour rejoindre la troupe déjà arrivée près de l'hélicoptère. Elle se pencha sur le brancard et regarda les secouristes l'embarquer. Puis, elle s'éloigna de quelques mètre pour laisser l'engin s'envoler. Sans doute voulait elle récupérer son véhicule plus bas dans la vallée. Elle rejoindrait l'hôpital ultérieurement. Les pales de l'hélicoptère se mirent à tourner de plus en plus vite. Le bruit assourdissant du moteur et la pseudo tempête générée faisaient oublier la quiétude habituel des lieux. Alors qu'elle regardait l'appareil s'éloigner, son chapeau s'était envolé et roulait en direction du petit torrent. Elle couru et le rattrapa de justesse avant qu'il ne se transforme en objet flottant. Elle le garda dans sa main droite et d'un bon pas partit en direction du parking juché quelques kilomètres plus bas. Il lui faudrait bien une bonne heure et demi pour rejoindre son véhicule.

- Voilà des vacances foutues, dit Gaston, la regardant s'éloigner.

- Si c'était le début, cela craint un peu... Bon, il est temps que je redescende.

- On te revoit quand ?

- Après demain, je pense. J'aimerais faire la boucle jusqu'au col. Je m'étais levé et j'avais repris mon sac à dos.

- Attends, je te rends la monnaie. J'avais glissé un billet de dix euros sous mon verre.

- Pas la peine. Quand je n'aurai plus que ça pour vivre …

- Les bons comptes font les bons amis. Je m'en rappellerai quand tu reviendras.

- Bon Gaston. A un de ces quatre.

- Salut mon gars.

 

Je pris le sentier du retour. C'était un chemin carrossable pas très pentu. Gaston l'empruntait en 4X4 tous les jours. Après un bon quart d'heure de marche à découvert, j'arrivai dans une partie plus ombragée où les sapins régnaient en maîtres. Le chemin était plus tortueux et longeait le torrent. Gamin, je me rappelle avoir fait cette balade avec mes parents. Au retour, je partais en courant dans la descente. Là où aujourd'hui je vais mettre une heure et demi à descendre, je n'en mettais qu'une à l'époque. Et je me retrouvais à la voiture avant tout le monde, contraint d'attendre le conducteur. Pas grave. Cette folle course m'avait donné un plaisir immense. J'étais fier de mon coup. C'était moi le meilleur marcheur. On est un peu le roi du monde à cet âge. Je m'allongeais dans l'herbe le long du torrent. Mâchouillant un brin d'herbe ou une feuille de menthe sauvage. Je regardais les cimes en me disant que jamais je ne quitterais ces magnifiques montagnes et qu'un jour je vivrais là. Les choses n'étant pas si simple, je me contente aujourd'hui de venir en vacances. Mais sait-on jamais, parfois les rêves se réalisent.

Mes mollets étaient un peu endoloris dans cette descente. Il me faudrait encore quelques jours de mise en jambe pour être vraiment opérationnel. J'allais bientôt arriver à la passerelle qui enjambe le torrent. Elle permet de passer sur l'autre flan de montagne. J'aperçus la jeune femme au chapeau de paille à une bonne centaine de mètres. Elle avait dû prendre son temps dans la descente. Elle resta dans ma mire jusqu'au parking. Lorsque j'arrivai à ma voiture, elle refermait le coffre de son véhicule. Elle était stationner juste à côté de ma voiture. Elle avait changé de chaussures et portait des nues pieds. Il est vrai que conduire avec des chaussures de montagne n'est pas chose pratique. Ses ongles arboraient un vernis couleur prune.

- Bonjour, lui dis-je de façon systématique. En montagne, les randonneurs se disent bonjour comme les camions qui se croisent se font des appels de phares. C'est une sorte de reconnaissance de celui qui partage ce même plaisir de la montagne.

Elle m'avait répondu par un bonjour en m'adressant un petit sourire. Elle portait des lunettes de soleil qui laissaient juste deviner le contour de ses yeux. Elle avait retiré son chapeau. Ses cheveux blonds ondulés virevoltaient au vent.

- Bonne fin de journée et bon courage. Ces mots m'étaient sortis naturellement compte-tenu des événements survenus.

- Merci. Bonne fin de journée à vous, m'avait-elle répondu en montant dans sa voiture.

Puis elle avait démarré et pris la route. Vers l'hôpital je présume.

Le temps d'enlever mes godillots, de sortir le téléphone et le portefeuille et j'étais repartis en direction de chez moi. Cette rencontre avait trottée dans ma tête une partie du trajet.

 

Je logeais dans la maison de famille. Mes parents l'avais acquis il y a une dizaine d'année. Mon père avait bossé dure et fait de belles économies. A la retraite, son amour pour la montagne l'avait décidé à investir dans la pierre. Je le remercie tous les jours pour cette merveilleuse idée. J'en profitai donc régulièrement lorsque je savais que la maison était libre de toute réservation ou présence d'autres membres de la famille. C'était souvent le cas en juin. Je venais donc pendant 3 semaines arpenter les montagnes et faire le plein d'énergie. C'était un petit chalet qui surplombait une bourgade d'à peine un millier d'habitants. Tout le monde se connaissait ce qui créait une ambiance plutôt familiale. En haute saison, la population faisait plus que quadrupler. Juin et septembre étaient donc mes mois favoris pour me ressourcer.

Tut tuuuuut ! Le klaxon de la boulangère m'avait réveillé en sursaut. Il devait être au moins dix heures. Elle passait tout les matins avec sa petite fourgonnette pour livrer les maisons un peu plus éloignées du bourg. Mais, je préférais aller chercher mon pain directement à la boulangerie. C'était mon petit rituel du matin. Cela ne prenait guère plus que vingt minutes pour faire l'aller retour. Bien fatigué par ma première sortie, la soirée avait été assez courte et j'étais vite allé me coucher. Les volets de bois laissaient passer une telle lumière que je ne pouvais m'attendre qu'à un temps magnifique. Le soleil m'attendait une fois sorti sur la terrasse. C'était splendide. Les montagnes sur fond de ciel bleu m'offraient un paysage de rêve. Je m'empressai d'avaler mon petit déjeuner et de m'habiller pour aller faire un tour au village. C'était le jour du marché et ne l'aurais raté pour rien au monde. En fermant la porte à clef, sac sur le dos, j'imaginais déjà mes futures emplettes. Je m'en délectais par avance. Le premier arrêt serait chez Bernard. C'était le boucher charcutier. Sa viande était excellente et son jambon me faisait saliver rien que d'y penser. Je compléterais par un saucisson dont il a le secret et qui trouverait toute sa place pour mes pique-niques à venir. Je passerais ensuite voir François sur le marché. Il est producteur fromager. Ce n'est pas de ces rigolos de revendeurs qui ont des étalages de fromages, de saucissons et qui vous font des pris pour six à la douzaine. Non. François n'a pas des tonnes de tomes sur son étale. Mais c'est de fabrication maison. Son brebis est tout simplement exquis. Les DERUAZ auraient certainement dans leurs rayonnages un pain de céréales encore chaud, à peine sorti du four. Le cerveau envoûté par les effluves et autres senteurs des produits locaux, j'arrivai rapidement sur la place centrale du village. Des gamins jouaient avec l'eau de la fontaine. L'un d'eux était trempé de la tête aux pieds. Le visage d'une femme à quelques encablures me laissait penser qu'elle était sa mère et que le loupiots allait se prendre une soufflante mémorable. Les autres gosses riaient et continuaient à éclabousser qui le voulait bien. L'auge dans laquelle s'écoulait l'eau était taillée dans la pierre. Elle faisait bien trois mètres de longs et un bon cinquante centimètres de profondeur. Suffisant pour que dix gamins s'en donnent à coeur joie. Les marchands étaient installés entre les arbres tout autour de la place, quelques uns aux centres. Les autres jours de la semaine, le sol sableux faisait la part belle aux joueurs de pétanque. Les locaux affrontaient les touristes. Les manches étaient interminables. Chaque point amenait son lot de discussions parfois un peu tendues. Les joueurs du dimanche essayait tant bien que mal de mesurer les écarts avec leurs pieds sans faire bouger le petit, les plus expérimentés étaient toujours équipés de leur mètre mesureur. Le juge de paix. Tout se terminait sagement chez Lucien le barman du village. Les tables de son café, disposées sous les arbres en bordure de cette petite place étaient rarement vides. Les touristes se riaient du spectacle des pétanqueurs en sirotant leurs verres. Et le coffre vocal du maître des lieux tenait une place particulière dans cette ambiance familiale. Les engueulades étaient bon enfant et les bouderies des perdants ne duraient que rarement longtemps.

- Pourquoi tu ris !

Un gamin d'à peine cinq ans était planté devant moi. Perdu dans mes pensées, je ne m'étais même pas aperçu m'être arrêté, hypnotisé, me délectant des lieux et de ses protagonistes. Il me regardait, grignotant un bout de pain. Il portait un petit canotier, bien enfoncé jusqu'aux oreilles. Ses deux billes marrons juchées au dessus d'un petit nez retroussé me fixaient sans broncher, semblant attendre une réponse expresse de ma part.

- Parce que je suis content d'être ici mon bonhomme.

- Pierre ! Viens par ici non d'une pipe ! Cria un homme qui devait être le père du boutchou. Et le gamin partit en courant, tenant son chapeau d'une main pour ne pas qu'il s'envole.

Je repris mon chemin, passant sur le pont qui enjambe le torrent. Comme à mon habitude, je m'arrêtai quelques instants, scrutant les fonds et les calmes derrière les rochers. L'eau bouillonnait et il n'était pas simple de débusquer une truite jouant avec le courant. Pourtant, une belle sauvage apparut venant de temps à autre pointer son nez dans le rapide puis retourner dans un remous se mettre à l'abri. Elle était magnifique et de belle taille. Sa robe foncée était parsemée de petit point rouge. En un clin d'oeil, elle disparu sous un rocher. Je pensais bien m'adonner à mon autre passion qu'est la pêche dans les jours à venir. Les gorges situées en amont du village m'avaient révélé de belles surprises l'année passée. C'était le paradis pour les pêcheurs à la mouche. Cependant, il faudrait que je me lève un peu plus tôt que ce matin pour être certain d'être le premier au bord de l'eau.

Il était temps de commencer mes emplettes. Mon programme, assez court sur le papier, traîna en longueur. Les années passées en vacances dans cette bourgade m'avaient permis d'apprendre à connaître la plupart des commerçants. Les conversations étaient parfois interminables faisant quelque peu piétiner les touristes pressés attendant leur tour pour être servis. On me demandait des nouvelles de mes parents, m'interrogeait sur la durée de mon séjour, m'invitait à venir prendre un verre à l'occasion. Il me fallu une bonne heure et demi pour faire mes courses. Les gargouillis résonnant dans mon ventre sonnaient l'heure du repas. Je m'empressai donc de prendre le chemin du retour.

Afin de gagner un peu de temps, je décidai de prendre un raccourci. La ruelle débouchait au pied d'un calvaire à quelques encablures de la maison. Elle était très étroite et pavée de galets, minutieusement disposés les uns à côté des autres. Les façades des maisons étaient en pierre. Beaucoup disposait d'un balcon en bois qui servait à entreposé le bois et la bouse séchée pour l'hiver. Malgré la chaleur du soleil au zénith, l'ombre donnait une sensation de fraîcheur très agréable. Un peu plus loin, une femme sortit d'une maison. Elle portait un panier à provision bien garnis. Il ne me fallu qu'un instant pour reconnaître la femme au chapeau de paille rencontrée la veille. Je la suivis un moment avant qu'elle ne bifurque dans la petite rue montant vers le cimetière. Je la vis frapper à une porte et entrer sans attendre. Que faisait-elle ici ? Serait-elle du village ? J'en serais étonné. Je ne l'avais jamais croisée les années passées. Et Gaston l'aurait reconnu. Il a toujours habité le village. C'était sans doute une vacancière. Si c'était le cas, je la croiserais à nouveau. Je poursuivis donc mon chemin. Je trébuchai et il en fallu de peu pour me fracasser contre le sol. J'avais marché sur mon lacet. Je me penchai pour le réenfiler dans les crochets de mes chaussures de montagne et faire un solide double nœuds.

- Bonjour. Je n'avais ni vu ni entendu arriver cette personne qui me saluait. J'étais encore le nez sur ma chaussure.

- Euh ! Bonjour. Répondis-je. En levant les yeux, je vis que c'était elle. Elle n'avait plus son panier et arpentait la ruelle d'un bon pas.

- Lucille ! Cria une voix derrière moi. Tu passeras le bonjour à Julien.

- Oui. Répondit mon inconnu au chapeau de paille en se retournant. Elle parlait à une femme sorti de la rue du cimetière.

Son regard croisa le miens alors qu'elle se remettait en marche et que je me relevais. Sans lunettes de soleil cette fois-ci, j'avais eu le temps de voir ses yeux bleus. Son visage était légèrement bronzé. A peine repartie, elle se retourna à nouveau pour me regarder.

- Excusez moi mais … Ah oui ! Vous étiez stationné à côté de moi hier après-midi.

- Euh ! Oui. En effet. Il me semblait vous avoir reconnu également. Comment va votre ami ?

- Mon ami ? Non, mon frère.

- Excusez-moi

- Il va mieux mais sa cheville est fêlée. Il est immobilisé pour trois bonnes semaines. Fini les randonnées pour ses vacances.

- Ce n'est pas de chance. Il est tombé durant votre balade ?

- Il a voulu faire l'imbécile en sautant d'un rocher et il s'est mal réceptionné. Il était pourtant bien chaussé. C'est balo. Je suis désolé, je dois y aller. Il m'attend pour déjeûner. Je suis déjà bien en retard. Au revoir.

- Au revoir

Elle partait en courant. Elle se retourna, marchant en arrière.

- Vous êtes en vacances ici ? me cria-t-elle

- Oui

- Moi aussi. Nous nous reverrons peut-être alors. A bientôt.

Elle avait repris sa course. Je la vis s'éloigner et disparaître dans un tournant. J'étais immobile. Un peu pantois. Mais, j'étais heureux de cette rencontre. Elle semblait pétillante et pleine d'entrain. Je la trouvais également très jolie. Et sympathique ma foi. J'avais comme une photographie de son visage en tête. Maintenant, je la reconnaîtrais rapidement si je devais la croiser à nouveau. Son image m'accompagna tout le long du chemin jusqu' à la maison. Mille questions trottaient dans mon esprit.

Il faisait si chaud que je choisis l'option farniente dans le jardin pour l'après-midi. Je sortirais en soirée pour taquiner la truite. Compte-tenu de ma randonnée prévue pour le lendemain, je me coucherais assez tôt pour un lever aux aurores. J'étais tranquillement allongé dans le hamac attaché à deux chênes centenaires. Leur ombre portée apportait un peu de fraîcheur. Entre les branches, je distinguais quelques nuages de temps à autre, portant quelques touches blanchâtres sur un beau tableau bleu. Je me délectais du ballet d'un couple de mésanges qui venait nourrir leurs oisillons. Le mal et la femelle se relayaient apportant quelques vers et chenilles et les déposant directement dans les petits becs grands ouverts de leur progéniture. Mes parents étaient tombés sous le charme du jardin, ce qui avait sans nul doute déclenché leur achat. Je n'aurai pas fait de meilleur choix. La propriété était entourée d'une haie bocagère isolant du voisinage. Quelques arbres ornaient la pelouse. Le salon de jardin en fer forgé était installé sur une petite terrasse naturelle, faite de pierres plates disposées les unes à côté des autres. La mousse poussait entre les jointures. A deux pas, la cascade d'un petit bassin créait une douce ambiance musicale. Quelques poissons rouge nageaient entre les nénuphares. La cadre était donc idyllique pour quelqu'un en recherche de zénitude. Il me plaisait à m'asseoir à même le sol pour méditer. Les soirs d'été, par temps clair, il m'arrivait souvent de m'allonger dans la pelouse et de passer de longues minutes à regarder les étoiles. Cet endroit me correspondait parfaitement. Pas étonnant que chaque année, lorsqu'il fallait repartir travailler loin de là, je devenais aigri et rongé par le cafard. Là, je trouvais mon équilibre. Le bonheur. Tout simplement.

Le soleil était passé de l'autre côté de la montagne. Il devait être aux alentours de 18H30. Si je voulais partir à la pêche, je devais me remuer un peu. Après avoir récupérer tout mon matériel dans le garage et chargé la voiture, je pris la route des gorges. La route qui y menait était sinueuse. Mon grand-père aurait ajouté qu'elle était large comme ses fesses. Cela forçait donc à rouler avec beaucoup de prudence car le moindre écart sur la banquette grasse aurait projeté la voiture de quelques mètres en contrebas dans le ravin. Je me stationnai sur un petit parking près d'une prairie dont l'herbe verte allait mourir dans le torrent. J'enfilai mes waders et mon gilet de pêche. Casquette. Et canne à mouche. C'était parti. Je remontai le torrent jusqu'à un endroit où la disposition des rochers avait permis de former une sorte de piscine naturelle. L'eau s'y écoulait plus lentement et ce poste serait idéal pour commencer cette partie de pêche. Quelques truites venaient en surface gober les moucherons surfant imprudemment à la surface de l'eau. Ma canne était un peu poussiéreuse. Il faut dire qu'elle ne sortait de sa housse qu'une seule fois par an. Quand je venais en vacances. Ma région de résidence ne m'offrait pas d'aussi belles rivières à truite. L'été, il n'y a même l'once d'un courant qui permette de savoir dans quel sens coule l'eau. Non, on ne peut pas dire que je suis nostalgique de mes Mauges natales. Mon fouet déplié, je fis planer ma soie jusqu'à poser ma mouche artificiel le derrière un rocher affleurant. Le premier posé fut le bon. Je vis mon esche disparaître. D'un geste ample, je ferrai et débutai le combat avec le poisson. Après quelques rush, je glissai la truite sur le sable. Elle était splendide. Un bon 30 centimètres. Je la décrochai délicatement et la glissai dans mon panier. Cette soirée commençait à merveille. Vu le boucan que je venais de faire, je trouvai plus judicieux de remonter le torrent jusqu'au prochain plat. Il s'écoulait dans des gorges très encaissées. Les parois, lissées, érodées par le temps et les courants, reflétaient les mouvements de l'eau. Elles étaient surmontés par des arbres dont les cimes apparaissaient et disparaissaient bercées par le vent. Le lit du torrent était jonché de cailloux et rochers plus ou moins gros, brillant des éclaboussures de l'eau. Il fallait être prudent à chaque pas pour ne pas glisser et se retrouver les quatre fers en l'air dans cette eau froide et limpide. Compte-tenu de mes compétences en natation et de tout mon équipement, le dénouement pourrait être malheureux. On me déconseillait régulièrement d'aller à la pêche seul, ma rappelant les risques que cela comportait. C'était sans compter sur mon caractère bien trempé et une passion débordante, plus forte que la raison. Puis, de toute façon, je n'étais pas pêcheur par hasard. Tous les hommes de la famille étaient tombés dedans depuis leur plus jeune âge. La contamination n'épargnait aucune génération. Sans doute mes enfants seraient aussi génétiquement modifiés.

Après deux heures de pêches et quelques truites remises à l'eau, j'étais rentré juste pour la météo. Ma balade du lendemain se déroulerait sous les meilleurs hospices. Le temps resterait au beau fixe.

 

 

 

La pancarte jaune annonçait 4H30 de marche pour atteindre le col. Avec la descente, un bonjour à Gaston, je serais de retour en fin d'après-midi. Cela me permettrait ensuite d'aller flâner dans le village. Le début du sentier était en pente douce. Je traversai une sapinière avant de rejoindre le pied d'une cascade. L'eau jaillissait de nul part. Les gouttes tombaient sur les rochers s'éclatant en milles et une plus petites. Je pris quelques photos et repris mon chemin. J'étais tout seul de si bon matin. Il faut dire que j'avais renié mon plaisir des grâces matinées. Même les contraintes du travail ne me faisaient pas lever aussi tôt. Le soleil ne pointait pas encore. Il ne faisait pas très chaud. A peine 10 degrés. Les arbres étaient encore vert foncés. Le bleu du ciel était légèrement teinté du gris de la nuit. Un voile brumeux faisait perlé de l'eau sur mon polair. Chaque respiration créait une petit fumée blanche qui s'évaporait aussi vite qu'apparue. Le dénivelé se faisait de plus en plus prononcé. Le pas du montagnard s'imposait. J'avais judicieusement chargé mon sac à dos afin de ne pas porter de poids inutile. Les racines des arbres et les cailloux formaient des marches naturelles d'un grand soutien pour ce périple.

Après avoir contourné un éperon rocheux, je débouchai sur une large vallée qui me mènerait jusqu'au col. Des marmottes sifflaient. Sans doute avaient-elles déjà senti ma présence et avertissaient leur congénères de l'arrivée d'un étranger. Le chemin était splendide. Il avait été façonné par l'homme. De chaque côté s'élevait des murs de pierres judicieusement disposées. Ils avaient dû passer des heures pour entasser des tonnes de cailloux. Les monter jusqu'ici à dos d'ânes devaient être une véritable épopée. Oui. C'était magnifique. Mais quelle souffrance, hommes et animaux, avaient-ils dû endosser. J'aperçus un hameau de granges à flanc de montagne. La fumée s'échappant d'une cheminée trahissait la présence d'un berger. Quelques troupeaux de bêtes étaient disséminés sur l'alpage. Le soleil pointait enfin son nez. Il jaillissait de derrière la montagne dans une lumière aveuglante. Ses rayons apportaient suffisamment de chaleur pour que je ressente le besoin de me dévêtir. Cette première partie de randonnée m'avait mise en sueur. Un aigle survolait la prairie. Les mulots et autres bestioles étaient en sursis. Je le vis piquer comme un éclair vers le sol. Il y resta quelques secondes avant de reprendre son vol vers une paroi rocheuse où il devait nicher. Ses griffes semblaient serrer une petit boule de poils. Le repas était servi.

J'adorais par dessus tout ces moments de solitudes dans la montagne. Seul avec moi-même, avec mes pensées, avec la nature. Une rencontre de temps à autre, au détour d'un chemin, me ramenait à une vie sociale. Puis je retrouvais en quelques instants mon intérieur. J'avais besoin de cela, de cet équilibre.

Je marchai en direction du col. La brume disséminée, l'herbe vert tendre s'était couverte de rosée. Elle scintillait sous les rayons du soleil. La " Majestueuse " trônait sur la vallée. C'était une montagne très aride. Les alpages à son pied laissaient vite place à un sol rocailleux. Sous son pic très aigu, un glacier blanc ornait le flan nord. Il était encore gigantesque à cette époque de l'année. L'été l'amputerait d'un tiers de sa masse. Pas mal d'alpinistes avaient essayé de vaincre se monstre sacré. Certains y avaient laissé la vie, pensant que ce n'était qu'une montagne parmi tant d'autres. Puis, il y avait des gens comme Gaston. Il ne la surnommait pas la Majestueuse par hasard. Il la contemplait, la vénérait, la respectait. Elle avait traversé les temps, subit les intempéries, et elle était toujours debout. Comme une muraille infranchissable. Atteindre son sommet demandait une grande humilité, mais aussi une force physique et mentale. Il fallait le mériter pour arriver la haut et laisser son orgueil à la maison.

J'attaquai le dernier raidillon avant le col. Le sentier étaient sinueux. Au détour d'un virage, j'aperçus des randonneurs en contre-bas. Une bonne demi heure de marche nous séparait. A cette distance, tout semblait minuscule. Même le bétail s'apparentait à des petits points blancs et marrons sur fond vert. Je traversai une plaque de neige et quelques éboulis. Sur la dernière ligne droite, la vue sur le col était assez déroutante. Comme s'il n'y avait rien de l'autre côté. Le chemin semblait s'arrêter net, donnant sur le vide. J'aimais beaucoup cette illusion et la surprise à l'arrivée. Rien n'avait changé. Le panorama était grandiose. La chaîne des Alpes avec l'éternel Mont Blanc. J'enlevai mon sac à dos et m'assieds sur un gros rocher plat pour contempler le paysage. J'étais assez content de moi après cette belle montée. Ma condition physique me paraissait bonne. J'allais pouvoir programmer des randonnées plus difficiles pour les jours à venir. L'heure était venue de casser la croûte. En ouvrant mon sac à dos, l'odeur du saucisson de chez Bernard me parvînt aux narines. Associé au pain aux céréales des DERUAZ, ce déjeuner serait un plaisir gourmand.

- Eh ! Gamin ! On ne se refuse rien !

C'était mon Gaston qui arrivait pouiller de son béret, les chaussettes de laines remontées jusqu'au genoux. A l'ancienne.

- Ca sent la charcuterie jusqu'au village. C'est ce qui m'a fait montée, dit-il en rigolant.

- Bah alors ! Tu laisses les gens mourrir de soif aujourd'hui.

- Je fais une pause Monsieur ! Ils rempliront leurs gourdes dans le torrent. Tu es passé par la cascade.

- Oui. Je m'étais dit que je repasserais par chez toi.

- Et ben, on redescendra ensemble alors.

- Veux-tu un bout de saucisson.

- Ce serait un pêché de refuser.

Il s'assied à côté de moi. Nous continuâmes à palabrer tout en mangeant et en profitant du cadre magnifique.

- Dis ! L'accident de l'autre jour. C'est le petit fils de la mère Jeanne. Je fis un air surpris.

- Tu sais, la famille JACQUEMIN. Je l'ai rencontrée pas plus tard qu'hier. Ses p'tits enfants sont venus en vacances. Enfin, il ne va pas bouger beaucoup avec sa cheville cassée le parisien. Elle était drôlement heureuse de les revoir après si longtemps.

- Pourquoi

- Elle était fâchée avec son fils depuis le décès du père. Des histoires de familles. Il était parti à Paris avec sa copine à l'époque. Il ne l'avait même pas invité à son mariage. Il a eu deux enfants, un gars et une fille. L'année dernière, il a perdu sa femme. Ca dû le faire réfléchir. Il a repris contact avec sa mère. Et cette année, les enfants ont voulu rencontrer leur mamie. Enfin, ils sont grands les enfants. Jeanne est vraiment contente. Elle mérite bien cela.

- J'ai rencontré sa petite fille en rentrant du marché. Je n'avais pas fait le rapprochement. Elle a l'air sympa. Nous avons discuté un peu, mais elle était pressée. Je n'avais pas reconnu la voix de Madame JACQUEMIN quand elle l'a appelée.

- Lucille

- Qui ?

- Le prénom de sa petite fille

- Oui. Je sais

- Tu en sais déjà beaucoup alors, me dit-il avait un air narquois.

- Ca veut dire quoi cette tête

- Ca veut dire que du haut de tes 30 balais, je me demande bien quand tu vas te décider à trouver l'autre moitié.

- S'il te plaît. Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi. Il y a assez de ma mère et de ses messages subliminaux.

- Je te taquine…… Mais quand même.

Nous avions fini notre déjeuner sur le pouce sans trop palabrer.

Allez, il est temps de redescendre. Qu'en penses-tu ?

- Oui. Allons-y

Nous nous étions levés et prenions le chemin du retour. J'étais quelque peu agacé par les propos de Gaston. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que je ne décroche une parole. Seul le bruit de nos chaussures sur le sol rythmait notre descente. Plus bas, nous avions traversé un " champ " d'azalées sauvages que j'avais immortalisé avec une photographie. Je revenais souvent de la montagne avec plusieurs centaines de photos. Certaines années, je me contentais de les enregistrer sur un disque dur. D'autres fois, je me plaisais à faire un livret papier ou un diaporama. J'éprouvais une certaine fierté à le montrer à mes proches, mes amis. Quelques photos tournaient en boucle sur le bureau de mon ordinateur, apportant un peu de bonheur dans un océan de contraintes. A défaut de vivre en ces lieux magnifiques, j'en emportais avec moi les souvenirs.

Nous approchions du café restaurant de Gaston.

- Je te propose que nous nous arrêtions boire un coup. Il fait vraiment chaud cet après-midi.

- Ce n'est pas de refus

- Je te redescendrai en 4X4 jusqu'au parking si tu veux

- Je veux bien. Merci

Gaston sifflotait concurrencé de temps à autres par une marmotte.

- Et tes parents, ils viennent quand cette année ?

- Ils m'ont parlé de Septembre. Ils aiment bien l'arrière saison. Il y a moins de monde, le paysage change de couleurs.

- Comment vont-ils ?

- Ca va. Papa passe pas mal de temps à la pêche. Maman garde de temps en temps mes neveux et nièces. Pour le reste, ils ont un agenda de ministre. Tu prends rendez-vous quand tu veux être sûr de les voir. Je ne passe plus à l'improviste, ils ne sont jamais là.

- Ils ont bien raison surtout. Faut gambader pendant qu'on a la forme… Pourquoi ne viennent-ils pas habiter ici ?

- Tu leur poseras la question. Cela fait dix ans que je leur dit de déménager. Mais, il y a la famille, les petits enfants … Dans une autre vie sans doute.

- Tu crois à ça toi ? Me dit-il en riant.

- Sait-on jamais ? Avec le progrès … Me concernant, j'espère bien finir par ouvrir ma fenêtre avec vue sur la montagne tous les matins sans exceptions. Les mornes plaines avec vue sur l'horizon et les éoliennes, ça devient pathétique.

- Tu sais ce que j'en pense. Du travail, il y en a aussi chez nous. Mais tu as peut-être le même problème que tes parents.

Je ne répondis pas à ces propos. Au fond, Gaston avait peut-être raison. Je ne savais pas vraiment ce qui me retenait dans les Mauges.

- Tu leur souhaiteras le bonjour.

Après une petite pause collation chez Gaston, nous étions descendu en 4X4 jusqu'au parking. Là, j'avais pris mon véhicule et regagné la maison. Le temps de prendre une douche pour effacer les traces transpirantes de mon épopée en montagne et je filai au pas du promeneur vers le centre du village. J'avais bien envie d'aller boire une bonne bière bien fraîche chez Lucien. En cette fin d'après-midi, le bar seraient plein d'animation avec les pétanqueurs en pleines réconciliations. La lumière du soleil était douce. Elle apportait juste une légère tiédeur. J'arrivai sur la place. Le feuillage vert tendre des arbres frétillait sous le souffle d'une légère brise. Deux papys étaient assis sur un banc à regarder des gamins jouant au loup. L'un des deux, les mains appuyées sur sa canne qu'il tenait devant lui, semblait un peu agacé de ces loupiots qui couraient dans tous les sens. L'autre avait un petit sourire coquin, comme heureux de toute cette vie et riant de son grognard de voisins. Ils avaient bien leurs quatre vingt cinq ans bien sonnés. Pas une histoire de ce village et de ses habitants ne devait être un secret pour eux. Ils en connaissaient certainement toutes les mémoires. J'entendais des éclats de rires avec la voix de Lucien comme fil rouge. Il devait encore raconter de ces histoires que tous les habitués connaissaient par coeur. Mais l'homme avec son ton et sa gestuelle ne pouvaient que générer les mêmes émotions malgré la répétition. Deux fois plutôt qu'une … et personne ne s'en lassait.

 

Elle était assise à une table sur la terrasse. Plongée dans un livre. Les pieds posés sur une chaise. Elle était coiffé de son chapeau de paille, lunettes de soleil sur le nez. Sur la table, rien. Lucien était accaparé par sa bande de compères.

- Bonjour, lui dis-je.

- Oh, bonjour. Je ne vous avais pas vu.

- J'arrive tout juste. Je venais profiter de l'ambiance et d'une bonne bière après une journée de randonnée.

-Je n'ai pas encore commandé. Asseyez-vous.

Je m'étais installé juste en face d'elle.

- Vous avez fait quelle circuit ?

- La balade sur laquelle votre frère s'est blessé. Je suis parti assez tôt ce matin. Le temps était magnifique la haut. Il y a avait une superbe vue sur le Mont Blanc.

- Il faudra que j'y retourne. C'était couvert quand nous y sommes passés avec mon frère ……………………………………..

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Published by Sébastien POUVREAU - dans Livre
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  • L'écriture est pour moi un plaisir et une nécessité. Les mots couchés sur le papier sont le réceptacle de ma vie, de mes émotions, de mes envies, de mes fantasmes... C'est presque facile ! Je déroule simplement ma pensée par écrit.
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