Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 15:25

- Un diabolo menthe s'il te plaît. Merci beaucoup.

Après trois heures de marche en plein soleil sur les pentes abruptes de mes montagnes, je méritais bien ma petite pause. Et quoi de mieux que ce petit café restaurant niché tout au fond de la vallée, entouré des plus hautes cimes alpines. Quelques cloches tintaient et l'écho prolongeait les sons jusqu'à en faire une musique orchestrée. Sous leurs belles robes marrons, les vaches ne semblaient pas du tout préoccupées par les quelques randonneurs attablés. Le temps était magnifique en cette journée de juin. J'aime particulièrement la montagne à cette saison avant que les chemins ne se transforment en autoroutes estivales de marcheurs en sandalettes. Quelques pâquerettes et bouton d'or agrémentent le tableau vert tendre des alpages. Comme les vaguelettes ondulent à la surface des lacs, les sapins dansent en cadence au gré de la petite bise de printemps. Quelques neiges habillent encore les sommets, rappelant que l'hiver fut rude en altitude et que les nuits sont encore fraîches. Un petit torrent s'écoule à quelques pas de moi. Le cliquetis de son eau sur les rochers me remplit d'un sentiment de plénitude. Tout est calme et serein. Je pourrais rester des heures à contempler ce spectacle. La boucle du temps n'existe plus. L'immensité me suffit. Elle me comble.

Le patron de ce petit commerce a su donner une nouvelle vie à une vieille grange délabré. Je n'en donnais d'ailleurs pas très chers la saison dernière. Le toit était complètement effondré. Seuls les murs paraissaient vouloir résister au temps. Il l'avait toute retapée. Les murs de pierres grises et marronnées portaient un toit de lozes. La largeur de la porte d'entrée, vraisemblablement en chêne laissait imaginer les dimensions gigantesques d'un arbre plus que centenaire. A l'intérieur, le bois sentait encore le foin et l'étable. Les odeurs des animaux, vaches, chèvres , brebis avaient imprégné toute la bâtisse. Il y faisait toujours frais, même en plein été. Gaston pouvait paraître un peu rustre du haut de son petit mètre soixante. Mal rasé, le visage bronzé et ridé par le climat montagnard. Chemise à carreaux et pantalon de velour, le béret enfoncé sur la tête. Lorsqu'il lâchait son " j'vous écoute " de sa voix rauque, les clients marquait une petite pause avant d'oser passer commande. Pourtant, moi qui le connaît depuis si longtemps, je sais particulièrement qu'il aime les gens qui aime sa montagne. Il n'est pas havard de conseils pour les randonneurs qui partent à la découverte des lieux. D'ailleurs, lorsqu'il prend la parole et qu'il commence à parler de sa montagne, ses yeux brillent de passion, sa voix s'adoucit et Gaston enchaîne les mots et les phrases. C'est un vrai récital. Et il ne faut pas le titiller beaucoup pour qu'il vous conte quelques uns de ses exploits sur les parois rocheuses. Il avait été alpiniste durant sa jeunesse et avait ouvert quelques voie de renoms. Beaucoup se casse encore les dents là où lui à force de courage a tracé les chemins et passé tous les obstacles. Vers 60 ans, il avait raccroché le harnais et les cordes estimant que l'heure n'était plus à la prise de risque mais plutôt à passer du temps avec ses petits-enfants. Et leur faire découvrir la montagne. Mais comme si cela ne suffisait pas, il avait acheté et rénové cette grange pour en faire un lieu convivial au fond de la montagne. Il restait finalement proche des sommets et pouvait transmettre sa passion à qui voulait bien s'arrêter prendre un verre.

- Monsieur est servi, me dit-il en m'apportant mon diabolo. Tu as fait quoi aujourd'hui ?

- Rien. Je suis juste montée jusqu'ici histoire de me dégourdir un peu les jambes. Je n'ai pas fait beaucoup de randonnée ces derniers temps avec le boulot. Je remets la " machine " en route comme dirait l'autre.

- Bah ! Cela revient vite. D'ici 2 ou 3 jours, tu pourras faire " La Majestueuse ". C'est comme cela qu'il appelait l'un des sommets qu'il avait conquis de son jeune temps. Il avait mis 3 jours et perdu deux doigts de pieds dans cette aventure. Il avait un sourire en coin.

- Et là ! Je tiens encore à vivre quelques années. Je me contenterai de moins. Je préfère la regarder d'en bas celle-là. Et je n'ai pas envie de croiser tes doigts de pieds au détour d'un glacier.

Nous partîmes alors tous les deux dans un éclat de rire.

 

Un bruit sourd se fit entendre venant du fond de la vallée.

- Tiens. C'est l'hélico des Secours ! Encore un marcheur qui a fait le clown. Gaston n'était pas très tendre avec les randonneurs d'un jour.

- C'est le troisième fois depuis le début du mois. Les gens passent de leur fauteuil au sport sans se poser de questions. Et je ne parle pas de l'équipement. Une jambe cassée fin de semaine dernière et un malaise pas plus tard que mercredi.

En quelques secondes, nous ne nous entendions plus parler. L'hélicoptère était au dessus de nous et entamait sa descente sur la prairie. Le souffle du rotor couchait l'herbe et ébourifait les sapins à proximité. Une fois posé, le pilote coupa son moteur et deux secouristes descendirent. Ils étaient arnachés de sacs à dos. L'un d'eux portait un brancard plié sous le bras.

- Ils n'ont pas sorti l'artillerie lourde, s'exclama Gaston. Cela ne doit pas être trop grave.

Ils prirent le sentier à flan de montagne derrière la baraque de Gaston. Là, nous aperçûmes au loin deux personnes qui descendaient lentement. L'une semblait supporter le poids de l'autre. Mais à cette distance, il n'était pas très facile de se faire une idée.

- j'te le dis moi, c'est encore une cheville en vrac.

Une bonne demi-heure passa. Nous jetions de temps à autre un coup d'oeil au sauvetage en cours. Le temps d'un deuxième diabolo et d'une tarte à la myrtille, les secouristes apparurent au pied du sentier. Il avait déplié le brancard. Une personne y était allongée. Ils passèrent si près de la terrasse de chez Gaston que je pus entendre gémir la victime. Malgré le pas souple des secouristes, les quelques secousses semblaient activer la douleur du blessé. C'était un homme d'une quarantaine d'année d'environ. Bien que les traits d'une personne qui souffre faussent un peu les estimations. Suivait une jeune femme d'une trentaine d'année. Contrairement à ce qu'en disait Gaston. Elle était bien équipée. Chaussures de montagne, sac à dos, bâton de marche. Coiffée d'un chapeau de paille, quelques mèches blondes s'échappaient au vent. Elle s'arrêta pour refaire son lacet et fit quelques pas accélérés pour rejoindre la troupe déjà arrivée près de l'hélicoptère. Elle se pencha sur le brancard et regarda les secouristes l'embarquer. Puis, elle s'éloigna de quelques mètre pour laisser l'engin s'envoler. Sans doute voulait elle récupérer son véhicule plus bas dans la vallée. Elle rejoindrait l'hôpital ultérieurement. Les pales de l'hélicoptère se mirent à tourner de plus en plus vite. Le bruit assourdissant du moteur et la pseudo tempête générée faisaient oublier la quiétude habituel des lieux. Alors qu'elle regardait l'appareil s'éloigner, son chapeau s'était envolé et roulait en direction du petit torrent. Elle couru et le rattrapa de justesse avant qu'il ne se transforme en objet flottant. Elle le garda dans sa main droite et d'un bon pas partit en direction du parking juché quelques kilomètres plus bas. Il lui faudrait bien une bonne heure et demi pour rejoindre son véhicule.

- Voilà des vacances foutues, dit Gaston, la regardant s'éloigner.

- Si c'était le début, cela craint un peu... Bon, il est temps que je redescende.

- On te revoit quand ?

- Après demain, je pense. J'aimerais faire la boucle jusqu'au col. Je m'étais levé et j'avais repris mon sac à dos.

- Attends, je te rends la monnaie. J'avais glissé un billet de dix euros sous mon verre.

- Pas la peine. Quand je n'aurai plus que ça pour vivre …

- Les bons comptes font les bons amis. Je m'en rappellerai quand tu reviendras.

- Bon Gaston. A un de ces quatre.

- Salut mon gars.

 

Je pris le sentier du retour. C'était un chemin carrossable pas très pentu. Gaston l'empruntait en 4X4 tous les jours. Après un bon quart d'heure de marche à découvert, j'arrivai dans une partie plus ombragée où les sapins régnaient en maîtres. Le chemin était plus tortueux et longeait le torrent. Gamin, je me rappelle avoir fait cette balade avec mes parents. Au retour, je partais en courant dans la descente. Là où aujourd'hui je vais mettre une heure et demi à descendre, je n'en mettais qu'une à l'époque. Et je me retrouvais à la voiture avant tout le monde, contraint d'attendre le conducteur. Pas grave. Cette folle course m'avait donné un plaisir immense. J'étais fier de mon coup. C'était moi le meilleur marcheur. On est un peu le roi du monde à cet âge. Je m'allongeais dans l'herbe le long du torrent. Mâchouillant un brin d'herbe ou une feuille de menthe sauvage. Je regardais les cimes en me disant que jamais je ne quitterais ces magnifiques montagnes et qu'un jour je vivrais là. Les choses n'étant pas si simple, je me contente aujourd'hui de venir en vacances. Mais sait-on jamais, parfois les rêves se réalisent.

Mes mollets étaient un peu endoloris dans cette descente. Il me faudrait encore quelques jours de mise en jambe pour être vraiment opérationnel. J'allais bientôt arriver à la passerelle qui enjambe le torrent. Elle permet de passer sur l'autre flan de montagne. J'aperçus la jeune femme au chapeau de paille à une bonne centaine de mètres. Elle avait dû prendre son temps dans la descente. Elle resta dans ma mire jusqu'au parking. Lorsque j'arrivai à ma voiture, elle refermait le coffre de son véhicule. Elle était stationner juste à côté de ma voiture. Elle avait changé de chaussures et portait des nues pieds. Il est vrai que conduire avec des chaussures de montagne n'est pas chose pratique. Ses ongles arboraient un vernis couleur prune.

- Bonjour, lui dis-je de façon systématique. En montagne, les randonneurs se disent bonjour comme les camions qui se croisent se font des appels de phares. C'est une sorte de reconnaissance de celui qui partage ce même plaisir de la montagne.

Elle m'avait répondu par un bonjour en m'adressant un petit sourire. Elle portait des lunettes de soleil qui laissaient juste deviner le contour de ses yeux. Elle avait retiré son chapeau. Ses cheveux blonds ondulés virevoltaient au vent.

- Bonne fin de journée et bon courage. Ces mots m'étaient sortis naturellement compte-tenu des événements survenus.

- Merci. Bonne fin de journée à vous, m'avait-elle répondu en montant dans sa voiture.

Puis elle avait démarré et pris la route. Vers l'hôpital je présume.

Le temps d'enlever mes godillots, de sortir le téléphone et le portefeuille et j'étais repartis en direction de chez moi. Cette rencontre avait trottée dans ma tête une partie du trajet.

 

Je logeais dans la maison de famille. Mes parents l'avais acquis il y a une dizaine d'année. Mon père avait bossé dure et fait de belles économies. A la retraite, son amour pour la montagne l'avait décidé à investir dans la pierre. Je le remercie tous les jours pour cette merveilleuse idée. J'en profitai donc régulièrement lorsque je savais que la maison était libre de toute réservation ou présence d'autres membres de la famille. C'était souvent le cas en juin. Je venais donc pendant 3 semaines arpenter les montagnes et faire le plein d'énergie. C'était un petit chalet qui surplombait une bourgade d'à peine un millier d'habitants. Tout le monde se connaissait ce qui créait une ambiance plutôt familiale. En haute saison, la population faisait plus que quadrupler. Juin et septembre étaient donc mes mois favoris pour me ressourcer.

Tut tuuuuut ! Le klaxon de la boulangère m'avait réveillé en sursaut. Il devait être au moins dix heures. Elle passait tout les matins avec sa petite fourgonnette pour livrer les maisons un peu plus éloignées du bourg. Mais, je préférais aller chercher mon pain directement à la boulangerie. C'était mon petit rituel du matin. Cela ne prenait guère plus que vingt minutes pour faire l'aller retour. Bien fatigué par ma première sortie, la soirée avait été assez courte et j'étais vite allé me coucher. Les volets de bois laissaient passer une telle lumière que je ne pouvais m'attendre qu'à un temps magnifique. Le soleil m'attendait une fois sorti sur la terrasse. C'était splendide. Les montagnes sur fond de ciel bleu m'offraient un paysage de rêve. Je m'empressai d'avaler mon petit déjeuner et de m'habiller pour aller faire un tour au village. C'était le jour du marché et ne l'aurais raté pour rien au monde. En fermant la porte à clef, sac sur le dos, j'imaginais déjà mes futures emplettes. Je m'en délectais par avance. Le premier arrêt serait chez Bernard. C'était le boucher charcutier. Sa viande était excellente et son jambon me faisait saliver rien que d'y penser. Je compléterais par un saucisson dont il a le secret et qui trouverait toute sa place pour mes pique-niques à venir. Je passerais ensuite voir François sur le marché. Il est producteur fromager. Ce n'est pas de ces rigolos de revendeurs qui ont des étalages de fromages, de saucissons et qui vous font des pris pour six à la douzaine. Non. François n'a pas des tonnes de tomes sur son étale. Mais c'est de fabrication maison. Son brebis est tout simplement exquis. Les DERUAZ auraient certainement dans leurs rayonnages un pain de céréales encore chaud, à peine sorti du four. Le cerveau envoûté par les effluves et autres senteurs des produits locaux, j'arrivai rapidement sur la place centrale du village. Des gamins jouaient avec l'eau de la fontaine. L'un d'eux était trempé de la tête aux pieds. Le visage d'une femme à quelques encablures me laissait penser qu'elle était sa mère et que le loupiots allait se prendre une soufflante mémorable. Les autres gosses riaient et continuaient à éclabousser qui le voulait bien. L'auge dans laquelle s'écoulait l'eau était taillée dans la pierre. Elle faisait bien trois mètres de longs et un bon cinquante centimètres de profondeur. Suffisant pour que dix gamins s'en donnent à coeur joie. Les marchands étaient installés entre les arbres tout autour de la place, quelques uns aux centres. Les autres jours de la semaine, le sol sableux faisait la part belle aux joueurs de pétanque. Les locaux affrontaient les touristes. Les manches étaient interminables. Chaque point amenait son lot de discussions parfois un peu tendues. Les joueurs du dimanche essayait tant bien que mal de mesurer les écarts avec leurs pieds sans faire bouger le petit, les plus expérimentés étaient toujours équipés de leur mètre mesureur. Le juge de paix. Tout se terminait sagement chez Lucien le barman du village. Les tables de son café, disposées sous les arbres en bordure de cette petite place étaient rarement vides. Les touristes se riaient du spectacle des pétanqueurs en sirotant leurs verres. Et le coffre vocal du maître des lieux tenait une place particulière dans cette ambiance familiale. Les engueulades étaient bon enfant et les bouderies des perdants ne duraient que rarement longtemps.

- Pourquoi tu ris !

Un gamin d'à peine cinq ans était planté devant moi. Perdu dans mes pensées, je ne m'étais même pas aperçu m'être arrêté, hypnotisé, me délectant des lieux et de ses protagonistes. Il me regardait, grignotant un bout de pain. Il portait un petit canotier, bien enfoncé jusqu'aux oreilles. Ses deux billes marrons juchées au dessus d'un petit nez retroussé me fixaient sans broncher, semblant attendre une réponse expresse de ma part.

- Parce que je suis content d'être ici mon bonhomme.

- Pierre ! Viens par ici non d'une pipe ! Cria un homme qui devait être le père du boutchou. Et le gamin partit en courant, tenant son chapeau d'une main pour ne pas qu'il s'envole.

Je repris mon chemin, passant sur le pont qui enjambe le torrent. Comme à mon habitude, je m'arrêtai quelques instants, scrutant les fonds et les calmes derrière les rochers. L'eau bouillonnait et il n'était pas simple de débusquer une truite jouant avec le courant. Pourtant, une belle sauvage apparut venant de temps à autre pointer son nez dans le rapide puis retourner dans un remous se mettre à l'abri. Elle était magnifique et de belle taille. Sa robe foncée était parsemée de petit point rouge. En un clin d'oeil, elle disparu sous un rocher. Je pensais bien m'adonner à mon autre passion qu'est la pêche dans les jours à venir. Les gorges situées en amont du village m'avaient révélé de belles surprises l'année passée. C'était le paradis pour les pêcheurs à la mouche. Cependant, il faudrait que je me lève un peu plus tôt que ce matin pour être certain d'être le premier au bord de l'eau.

Il était temps de commencer mes emplettes. Mon programme, assez court sur le papier, traîna en longueur. Les années passées en vacances dans cette bourgade m'avaient permis d'apprendre à connaître la plupart des commerçants. Les conversations étaient parfois interminables faisant quelque peu piétiner les touristes pressés attendant leur tour pour être servis. On me demandait des nouvelles de mes parents, m'interrogeait sur la durée de mon séjour, m'invitait à venir prendre un verre à l'occasion. Il me fallu une bonne heure et demi pour faire mes courses. Les gargouillis résonnant dans mon ventre sonnaient l'heure du repas. Je m'empressai donc de prendre le chemin du retour.

Afin de gagner un peu de temps, je décidai de prendre un raccourci. La ruelle débouchait au pied d'un calvaire à quelques encablures de la maison. Elle était très étroite et pavée de galets, minutieusement disposés les uns à côté des autres. Les façades des maisons étaient en pierre. Beaucoup disposait d'un balcon en bois qui servait à entreposé le bois et la bouse séchée pour l'hiver. Malgré la chaleur du soleil au zénith, l'ombre donnait une sensation de fraîcheur très agréable. Un peu plus loin, une femme sortit d'une maison. Elle portait un panier à provision bien garnis. Il ne me fallu qu'un instant pour reconnaître la femme au chapeau de paille rencontrée la veille. Je la suivis un moment avant qu'elle ne bifurque dans la petite rue montant vers le cimetière. Je la vis frapper à une porte et entrer sans attendre. Que faisait-elle ici ? Serait-elle du village ? J'en serais étonné. Je ne l'avais jamais croisée les années passées. Et Gaston l'aurait reconnu. Il a toujours habité le village. C'était sans doute une vacancière. Si c'était le cas, je la croiserais à nouveau. Je poursuivis donc mon chemin. Je trébuchai et il en fallu de peu pour me fracasser contre le sol. J'avais marché sur mon lacet. Je me penchai pour le réenfiler dans les crochets de mes chaussures de montagne et faire un solide double nœuds.

- Bonjour. Je n'avais ni vu ni entendu arriver cette personne qui me saluait. J'étais encore le nez sur ma chaussure.

- Euh ! Bonjour. Répondis-je. En levant les yeux, je vis que c'était elle. Elle n'avait plus son panier et arpentait la ruelle d'un bon pas.

- Lucille ! Cria une voix derrière moi. Tu passeras le bonjour à Julien.

- Oui. Répondit mon inconnu au chapeau de paille en se retournant. Elle parlait à une femme sorti de la rue du cimetière.

Son regard croisa le miens alors qu'elle se remettait en marche et que je me relevais. Sans lunettes de soleil cette fois-ci, j'avais eu le temps de voir ses yeux bleus. Son visage était légèrement bronzé. A peine repartie, elle se retourna à nouveau pour me regarder.

- Excusez moi mais … Ah oui ! Vous étiez stationné à côté de moi hier après-midi.

- Euh ! Oui. En effet. Il me semblait vous avoir reconnu également. Comment va votre ami ?

- Mon ami ? Non, mon frère.

- Excusez-moi

- Il va mieux mais sa cheville est fêlée. Il est immobilisé pour trois bonnes semaines. Fini les randonnées pour ses vacances.

- Ce n'est pas de chance. Il est tombé durant votre balade ?

- Il a voulu faire l'imbécile en sautant d'un rocher et il s'est mal réceptionné. Il était pourtant bien chaussé. C'est balo. Je suis désolé, je dois y aller. Il m'attend pour déjeûner. Je suis déjà bien en retard. Au revoir.

- Au revoir

Elle partait en courant. Elle se retourna, marchant en arrière.

- Vous êtes en vacances ici ? me cria-t-elle

- Oui

- Moi aussi. Nous nous reverrons peut-être alors. A bientôt.

Elle avait repris sa course. Je la vis s'éloigner et disparaître dans un tournant. J'étais immobile. Un peu pantois. Mais, j'étais heureux de cette rencontre. Elle semblait pétillante et pleine d'entrain. Je la trouvais également très jolie. Et sympathique ma foi. J'avais comme une photographie de son visage en tête. Maintenant, je la reconnaîtrais rapidement si je devais la croiser à nouveau. Son image m'accompagna tout le long du chemin jusqu' à la maison. Mille questions trottaient dans mon esprit.

Il faisait si chaud que je choisis l'option farniente dans le jardin pour l'après-midi. Je sortirais en soirée pour taquiner la truite. Compte-tenu de ma randonnée prévue pour le lendemain, je me coucherais assez tôt pour un lever aux aurores. J'étais tranquillement allongé dans le hamac attaché à deux chênes centenaires. Leur ombre portée apportait un peu de fraîcheur. Entre les branches, je distinguais quelques nuages de temps à autre, portant quelques touches blanchâtres sur un beau tableau bleu. Je me délectais du ballet d'un couple de mésanges qui venait nourrir leurs oisillons. Le mal et la femelle se relayaient apportant quelques vers et chenilles et les déposant directement dans les petits becs grands ouverts de leur progéniture. Mes parents étaient tombés sous le charme du jardin, ce qui avait sans nul doute déclenché leur achat. Je n'aurai pas fait de meilleur choix. La propriété était entourée d'une haie bocagère isolant du voisinage. Quelques arbres ornaient la pelouse. Le salon de jardin en fer forgé était installé sur une petite terrasse naturelle, faite de pierres plates disposées les unes à côté des autres. La mousse poussait entre les jointures. A deux pas, la cascade d'un petit bassin créait une douce ambiance musicale. Quelques poissons rouge nageaient entre les nénuphares. La cadre était donc idyllique pour quelqu'un en recherche de zénitude. Il me plaisait à m'asseoir à même le sol pour méditer. Les soirs d'été, par temps clair, il m'arrivait souvent de m'allonger dans la pelouse et de passer de longues minutes à regarder les étoiles. Cet endroit me correspondait parfaitement. Pas étonnant que chaque année, lorsqu'il fallait repartir travailler loin de là, je devenais aigri et rongé par le cafard. Là, je trouvais mon équilibre. Le bonheur. Tout simplement.

Le soleil était passé de l'autre côté de la montagne. Il devait être aux alentours de 18H30. Si je voulais partir à la pêche, je devais me remuer un peu. Après avoir récupérer tout mon matériel dans le garage et chargé la voiture, je pris la route des gorges. La route qui y menait était sinueuse. Mon grand-père aurait ajouté qu'elle était large comme ses fesses. Cela forçait donc à rouler avec beaucoup de prudence car le moindre écart sur la banquette grasse aurait projeté la voiture de quelques mètres en contrebas dans le ravin. Je me stationnai sur un petit parking près d'une prairie dont l'herbe verte allait mourir dans le torrent. J'enfilai mes waders et mon gilet de pêche. Casquette. Et canne à mouche. C'était parti. Je remontai le torrent jusqu'à un endroit où la disposition des rochers avait permis de former une sorte de piscine naturelle. L'eau s'y écoulait plus lentement et ce poste serait idéal pour commencer cette partie de pêche. Quelques truites venaient en surface gober les moucherons surfant imprudemment à la surface de l'eau. Ma canne était un peu poussiéreuse. Il faut dire qu'elle ne sortait de sa housse qu'une seule fois par an. Quand je venais en vacances. Ma région de résidence ne m'offrait pas d'aussi belles rivières à truite. L'été, il n'y a même l'once d'un courant qui permette de savoir dans quel sens coule l'eau. Non, on ne peut pas dire que je suis nostalgique de mes Mauges natales. Mon fouet déplié, je fis planer ma soie jusqu'à poser ma mouche artificiel le derrière un rocher affleurant. Le premier posé fut le bon. Je vis mon esche disparaître. D'un geste ample, je ferrai et débutai le combat avec le poisson. Après quelques rush, je glissai la truite sur le sable. Elle était splendide. Un bon 30 centimètres. Je la décrochai délicatement et la glissai dans mon panier. Cette soirée commençait à merveille. Vu le boucan que je venais de faire, je trouvai plus judicieux de remonter le torrent jusqu'au prochain plat. Il s'écoulait dans des gorges très encaissées. Les parois, lissées, érodées par le temps et les courants, reflétaient les mouvements de l'eau. Elles étaient surmontés par des arbres dont les cimes apparaissaient et disparaissaient bercées par le vent. Le lit du torrent était jonché de cailloux et rochers plus ou moins gros, brillant des éclaboussures de l'eau. Il fallait être prudent à chaque pas pour ne pas glisser et se retrouver les quatre fers en l'air dans cette eau froide et limpide. Compte-tenu de mes compétences en natation et de tout mon équipement, le dénouement pourrait être malheureux. On me déconseillait régulièrement d'aller à la pêche seul, ma rappelant les risques que cela comportait. C'était sans compter sur mon caractère bien trempé et une passion débordante, plus forte que la raison. Puis, de toute façon, je n'étais pas pêcheur par hasard. Tous les hommes de la famille étaient tombés dedans depuis leur plus jeune âge. La contamination n'épargnait aucune génération. Sans doute mes enfants seraient aussi génétiquement modifiés.

Après deux heures de pêches et quelques truites remises à l'eau, j'étais rentré juste pour la météo. Ma balade du lendemain se déroulerait sous les meilleurs hospices. Le temps resterait au beau fixe.

 

 

 

La pancarte jaune annonçait 4H30 de marche pour atteindre le col. Avec la descente, un bonjour à Gaston, je serais de retour en fin d'après-midi. Cela me permettrait ensuite d'aller flâner dans le village. Le début du sentier était en pente douce. Je traversai une sapinière avant de rejoindre le pied d'une cascade. L'eau jaillissait de nul part. Les gouttes tombaient sur les rochers s'éclatant en milles et une plus petites. Je pris quelques photos et repris mon chemin. J'étais tout seul de si bon matin. Il faut dire que j'avais renié mon plaisir des grâces matinées. Même les contraintes du travail ne me faisaient pas lever aussi tôt. Le soleil ne pointait pas encore. Il ne faisait pas très chaud. A peine 10 degrés. Les arbres étaient encore vert foncés. Le bleu du ciel était légèrement teinté du gris de la nuit. Un voile brumeux faisait perlé de l'eau sur mon polair. Chaque respiration créait une petit fumée blanche qui s'évaporait aussi vite qu'apparue. Le dénivelé se faisait de plus en plus prononcé. Le pas du montagnard s'imposait. J'avais judicieusement chargé mon sac à dos afin de ne pas porter de poids inutile. Les racines des arbres et les cailloux formaient des marches naturelles d'un grand soutien pour ce périple.

Après avoir contourné un éperon rocheux, je débouchai sur une large vallée qui me mènerait jusqu'au col. Des marmottes sifflaient. Sans doute avaient-elles déjà senti ma présence et avertissaient leur congénères de l'arrivée d'un étranger. Le chemin était splendide. Il avait été façonné par l'homme. De chaque côté s'élevait des murs de pierres judicieusement disposées. Ils avaient dû passer des heures pour entasser des tonnes de cailloux. Les monter jusqu'ici à dos d'ânes devaient être une véritable épopée. Oui. C'était magnifique. Mais quelle souffrance, hommes et animaux, avaient-ils dû endosser. J'aperçus un hameau de granges à flanc de montagne. La fumée s'échappant d'une cheminée trahissait la présence d'un berger. Quelques troupeaux de bêtes étaient disséminés sur l'alpage. Le soleil pointait enfin son nez. Il jaillissait de derrière la montagne dans une lumière aveuglante. Ses rayons apportaient suffisamment de chaleur pour que je ressente le besoin de me dévêtir. Cette première partie de randonnée m'avait mise en sueur. Un aigle survolait la prairie. Les mulots et autres bestioles étaient en sursis. Je le vis piquer comme un éclair vers le sol. Il y resta quelques secondes avant de reprendre son vol vers une paroi rocheuse où il devait nicher. Ses griffes semblaient serrer une petit boule de poils. Le repas était servi.

J'adorais par dessus tout ces moments de solitudes dans la montagne. Seul avec moi-même, avec mes pensées, avec la nature. Une rencontre de temps à autre, au détour d'un chemin, me ramenait à une vie sociale. Puis je retrouvais en quelques instants mon intérieur. J'avais besoin de cela, de cet équilibre.

Je marchai en direction du col. La brume disséminée, l'herbe vert tendre s'était couverte de rosée. Elle scintillait sous les rayons du soleil. La " Majestueuse " trônait sur la vallée. C'était une montagne très aride. Les alpages à son pied laissaient vite place à un sol rocailleux. Sous son pic très aigu, un glacier blanc ornait le flan nord. Il était encore gigantesque à cette époque de l'année. L'été l'amputerait d'un tiers de sa masse. Pas mal d'alpinistes avaient essayé de vaincre se monstre sacré. Certains y avaient laissé la vie, pensant que ce n'était qu'une montagne parmi tant d'autres. Puis, il y avait des gens comme Gaston. Il ne la surnommait pas la Majestueuse par hasard. Il la contemplait, la vénérait, la respectait. Elle avait traversé les temps, subit les intempéries, et elle était toujours debout. Comme une muraille infranchissable. Atteindre son sommet demandait une grande humilité, mais aussi une force physique et mentale. Il fallait le mériter pour arriver la haut et laisser son orgueil à la maison.

J'attaquai le dernier raidillon avant le col. Le sentier étaient sinueux. Au détour d'un virage, j'aperçus des randonneurs en contre-bas. Une bonne demi heure de marche nous séparait. A cette distance, tout semblait minuscule. Même le bétail s'apparentait à des petits points blancs et marrons sur fond vert. Je traversai une plaque de neige et quelques éboulis. Sur la dernière ligne droite, la vue sur le col était assez déroutante. Comme s'il n'y avait rien de l'autre côté. Le chemin semblait s'arrêter net, donnant sur le vide. J'aimais beaucoup cette illusion et la surprise à l'arrivée. Rien n'avait changé. Le panorama était grandiose. La chaîne des Alpes avec l'éternel Mont Blanc. J'enlevai mon sac à dos et m'assieds sur un gros rocher plat pour contempler le paysage. J'étais assez content de moi après cette belle montée. Ma condition physique me paraissait bonne. J'allais pouvoir programmer des randonnées plus difficiles pour les jours à venir. L'heure était venue de casser la croûte. En ouvrant mon sac à dos, l'odeur du saucisson de chez Bernard me parvînt aux narines. Associé au pain aux céréales des DERUAZ, ce déjeuner serait un plaisir gourmand.

- Eh ! Gamin ! On ne se refuse rien !

C'était mon Gaston qui arrivait pouiller de son béret, les chaussettes de laines remontées jusqu'au genoux. A l'ancienne.

- Ca sent la charcuterie jusqu'au village. C'est ce qui m'a fait montée, dit-il en rigolant.

- Bah alors ! Tu laisses les gens mourrir de soif aujourd'hui.

- Je fais une pause Monsieur ! Ils rempliront leurs gourdes dans le torrent. Tu es passé par la cascade.

- Oui. Je m'étais dit que je repasserais par chez toi.

- Et ben, on redescendra ensemble alors.

- Veux-tu un bout de saucisson.

- Ce serait un pêché de refuser.

Il s'assied à côté de moi. Nous continuâmes à palabrer tout en mangeant et en profitant du cadre magnifique.

- Dis ! L'accident de l'autre jour. C'est le petit fils de la mère Jeanne. Je fis un air surpris.

- Tu sais, la famille JACQUEMIN. Je l'ai rencontrée pas plus tard qu'hier. Ses p'tits enfants sont venus en vacances. Enfin, il ne va pas bouger beaucoup avec sa cheville cassée le parisien. Elle était drôlement heureuse de les revoir après si longtemps.

- Pourquoi

- Elle était fâchée avec son fils depuis le décès du père. Des histoires de familles. Il était parti à Paris avec sa copine à l'époque. Il ne l'avait même pas invité à son mariage. Il a eu deux enfants, un gars et une fille. L'année dernière, il a perdu sa femme. Ca dû le faire réfléchir. Il a repris contact avec sa mère. Et cette année, les enfants ont voulu rencontrer leur mamie. Enfin, ils sont grands les enfants. Jeanne est vraiment contente. Elle mérite bien cela.

- J'ai rencontré sa petite fille en rentrant du marché. Je n'avais pas fait le rapprochement. Elle a l'air sympa. Nous avons discuté un peu, mais elle était pressée. Je n'avais pas reconnu la voix de Madame JACQUEMIN quand elle l'a appelée.

- Lucille

- Qui ?

- Le prénom de sa petite fille

- Oui. Je sais

- Tu en sais déjà beaucoup alors, me dit-il avait un air narquois.

- Ca veut dire quoi cette tête

- Ca veut dire que du haut de tes 30 balais, je me demande bien quand tu vas te décider à trouver l'autre moitié.

- S'il te plaît. Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi. Il y a assez de ma mère et de ses messages subliminaux.

- Je te taquine…… Mais quand même.

Nous avions fini notre déjeuner sur le pouce sans trop palabrer.

Allez, il est temps de redescendre. Qu'en penses-tu ?

- Oui. Allons-y

Nous nous étions levés et prenions le chemin du retour. J'étais quelque peu agacé par les propos de Gaston. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que je ne décroche une parole. Seul le bruit de nos chaussures sur le sol rythmait notre descente. Plus bas, nous avions traversé un " champ " d'azalées sauvages que j'avais immortalisé avec une photographie. Je revenais souvent de la montagne avec plusieurs centaines de photos. Certaines années, je me contentais de les enregistrer sur un disque dur. D'autres fois, je me plaisais à faire un livret papier ou un diaporama. J'éprouvais une certaine fierté à le montrer à mes proches, mes amis. Quelques photos tournaient en boucle sur le bureau de mon ordinateur, apportant un peu de bonheur dans un océan de contraintes. A défaut de vivre en ces lieux magnifiques, j'en emportais avec moi les souvenirs.

Nous approchions du café restaurant de Gaston.

- Je te propose que nous nous arrêtions boire un coup. Il fait vraiment chaud cet après-midi.

- Ce n'est pas de refus

- Je te redescendrai en 4X4 jusqu'au parking si tu veux

- Je veux bien. Merci

Gaston sifflotait concurrencé de temps à autres par une marmotte.

- Et tes parents, ils viennent quand cette année ?

- Ils m'ont parlé de Septembre. Ils aiment bien l'arrière saison. Il y a moins de monde, le paysage change de couleurs.

- Comment vont-ils ?

- Ca va. Papa passe pas mal de temps à la pêche. Maman garde de temps en temps mes neveux et nièces. Pour le reste, ils ont un agenda de ministre. Tu prends rendez-vous quand tu veux être sûr de les voir. Je ne passe plus à l'improviste, ils ne sont jamais là.

- Ils ont bien raison surtout. Faut gambader pendant qu'on a la forme… Pourquoi ne viennent-ils pas habiter ici ?

- Tu leur poseras la question. Cela fait dix ans que je leur dit de déménager. Mais, il y a la famille, les petits enfants … Dans une autre vie sans doute.

- Tu crois à ça toi ? Me dit-il en riant.

- Sait-on jamais ? Avec le progrès … Me concernant, j'espère bien finir par ouvrir ma fenêtre avec vue sur la montagne tous les matins sans exceptions. Les mornes plaines avec vue sur l'horizon et les éoliennes, ça devient pathétique.

- Tu sais ce que j'en pense. Du travail, il y en a aussi chez nous. Mais tu as peut-être le même problème que tes parents.

Je ne répondis pas à ces propos. Au fond, Gaston avait peut-être raison. Je ne savais pas vraiment ce qui me retenait dans les Mauges.

- Tu leur souhaiteras le bonjour.

Après une petite pause collation chez Gaston, nous étions descendu en 4X4 jusqu'au parking. Là, j'avais pris mon véhicule et regagné la maison. Le temps de prendre une douche pour effacer les traces transpirantes de mon épopée en montagne et je filai au pas du promeneur vers le centre du village. J'avais bien envie d'aller boire une bonne bière bien fraîche chez Lucien. En cette fin d'après-midi, le bar seraient plein d'animation avec les pétanqueurs en pleines réconciliations. La lumière du soleil était douce. Elle apportait juste une légère tiédeur. J'arrivai sur la place. Le feuillage vert tendre des arbres frétillait sous le souffle d'une légère brise. Deux papys étaient assis sur un banc à regarder des gamins jouant au loup. L'un des deux, les mains appuyées sur sa canne qu'il tenait devant lui, semblait un peu agacé de ces loupiots qui couraient dans tous les sens. L'autre avait un petit sourire coquin, comme heureux de toute cette vie et riant de son grognard de voisins. Ils avaient bien leurs quatre vingt cinq ans bien sonnés. Pas une histoire de ce village et de ses habitants ne devait être un secret pour eux. Ils en connaissaient certainement toutes les mémoires. J'entendais des éclats de rires avec la voix de Lucien comme fil rouge. Il devait encore raconter de ces histoires que tous les habitués connaissaient par coeur. Mais l'homme avec son ton et sa gestuelle ne pouvaient que générer les mêmes émotions malgré la répétition. Deux fois plutôt qu'une … et personne ne s'en lassait.

 

Elle était assise à une table sur la terrasse. Plongée dans un livre. Les pieds posés sur une chaise. Elle était coiffé de son chapeau de paille, lunettes de soleil sur le nez. Sur la table, rien. Lucien était accaparé par sa bande de compères.

- Bonjour, lui dis-je.

- Oh, bonjour. Je ne vous avais pas vu.

- J'arrive tout juste. Je venais profiter de l'ambiance et d'une bonne bière après une journée de randonnée.

-Je n'ai pas encore commandé. Asseyez-vous.

Je m'étais installé juste en face d'elle.

- Vous avez fait quelle circuit ?

- La balade sur laquelle votre frère s'est blessé. Je suis parti assez tôt ce matin. Le temps était magnifique la haut. Il y a avait une superbe vue sur le Mont Blanc.

- Il faudra que j'y retourne. C'était couvert quand nous y sommes passés avec mon frère ……………………………………..

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Livre
commenter cet article
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 15:23

L'hiver s'installe doucement

Les premières gelées rappellent à la nature

Qu'après la danse des couleurs estivales

Vient le temps de troquer sa palette

Pour des teintes plus sobres

 

Chaque hiver, la vie semble s'éteindre à jamais ...

 

Mais en fin stratège,

La nature se joue des éléments

D'apparence trompeuse,

Elle dissimule profondément ses plus belles énergies

Pour faire renaître au printemps

Un festival aux milles couleurs

 

Nombreux sont ceux pour qui l'hiver semble éternel

Laissant la plus belle partie d'eux mêmes

Dormir dans une antre de chair

Ne laissant paraître de leur être

Qu'une image bien pâle

 

Pourtant, contrairement à la nature

L'homme a le pouvoir de faire de sa vie

Un éternel printemps

Il peut choisir en âme et conscience

De donner à voir à chaque instant

Les plus belles toiles de son existence

 

Son supplément d'âme

Lui donne le pouvoir de nourrir par ses émotions

Les plus belles expériences de vie,

De s'accorder pleine confiance,

Libre en toute circonstance

D'être pleinement ce qu'il est.

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Poèmes
commenter cet article
4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 16:05

Ce n'est pas parce que les choses ne se voient pas

Qu'elles n'existent pas.

Alors, j'ai décidé d'offrir à mes yeux

Une autre réalité de la vie.

Je les ai reliés à mon cœur

Et demandé à mon âme

De me montrer l'invisible.

J'ai inondé d'amour

Le monde qui m'entoure,

Ma vie s'est illuminée.

Les couleurs sont devenues vives,

Les arbres se sont mis à briller,

L'eau est devenue limpide,

Le vent s'est matérialisé.

J'ai découvert pour les hommes

Une possibilité de les faire changer.

Je n'ai pas plaint le malade

Je n'ai pas haï le bourreau

Je leur ai donné de l'amour

Et ils ont vu la vie sous un autre jour.

Les pleurs se sont effacés

Les rires se sont imposés,

La souffrance s'est estompée

Le bonheur s'est installé.

L'amour a de force

Sa faculté à rendre visible

Ce qui d'évidence ne l'est pas.

L'amour a de force

Sa capacité à faire naître chez l'homme

L'essence de la vie.

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Poèmes
commenter cet article
2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 13:30

Les saisons se succèdent et la boucle du temps n'en finit de tourner

Seul l'automne donne un semblant de suspension temporelle

Quand les feuilles lentement planent jusqu'au sol

Se posant délicatement au pied de leur hôte passé.

 

Les gouttes d'eau descendent à flan de montagne

Dans la folie joyeuse et tumultueuse des torrents

Fracassant les rochers, ornant les vallées de leur musicalité.

De rivières en rivières, elles filent jusqu'à la mer

Avant d'ascensionner sous le soleil

Et de redescendre sur les cimes

Se rafraîchir aux glaciers.

 

Les gouttes d'eau sont éternelles

L'horloge de dame nature est intemporelle.

 

Et l'homme court, il court après le temps

Ne voyant dans la vie que le début et la fin

S'attardant à remplir le vide entre ces deux points.

Et pourtant, tant de moments pourraient rester en suspend.

Le vertige du futur, la nostalgie du passé

Font oublier à l'homme le bonheur présent.

A vouloir toujours plus, il oublie l'essentiel

Profiter de chaque instant comme d'un accomplissement.

 

L'homme détient un trésor dont il sous-estime la force.

L'Amour est éternel.

En avoir pour lui-même doit être son essentiel.

Inondant chaque instant, chaque être et chaque chose de sa vie,

D'un Amour inconditionnel,

Il laisse une trace indélébile

Résistante à l'épreuve du temps.

L'Amour est présent,

Il naît, il grandit et il nourrit.

Donné, il ne peut être repris.

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Poèmes
commenter cet article
25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 16:27

L'amour au fil de l'eau

 

Il pleut sur la vallée. Les nuages gris enveloppent les montagnes dans un drap de coton. Le jour se lève à peine et je suis déjà debout. Le temps est parfait. Juste ce qu'il me fallait pour que cette partie de pêche soit une belle réussite. Les truites sont mordantes par ces temps orageux.

 

Arnaché de mon équipement, je sors de la maison les yeux rivés sur le torrent coulant en contre-bas. Toc ! Toc ! Quelques goutes d'eau viennent s'échouer sur mon chapeau. Elles glissent sur le cuir et reprennent leur chute dans un petit filet s'écoulant devant mon nez. Il m'en faudrait plus pour m'arrêter. La passion est plus forte que tous les déluges du monde. Deux tours de clef dans la serrure et me voilà parti. Le pas est léger. Mes pensées sont déjà dans les méandres du torrent.

Il ne me faut pas plus de 5 minutes pour me retrouver les pieds dans l'eau.

 

Les eaux du torrent sont limpides. Elle s'écoulent lentement entre les rochers. Juste le chant des gouttes d'eau qui s'entrechoquent et quelques oiseaux faisant les chœurs de cette agréable mélodie. L'instant est magique. J'y prends toujours le même plaisir. Pas un matin ne se ressemble. Chaque partie de pêche me réserve de nouvelles émotions. Je n'y laisserais ma place pour rien au monde. Là se trouve l'essence de ma vie. La pluie semble vouloir s'arrêter de tomber. J'entrevoie la clarté du soleil à travers le duvet nuageux. Les eaux vont se réchauffer un peu et le poisson sera plus actif. Je m'appuie sur les flans d'un rocher. Lentement, avec précaution, je monte ma canne à mouche. Après avoir coulissé la soie dans les anneaux et ajusté la longueur de ma ligne, je sors de ma musette une petite boîte blanche. S'y trouvent tous les secrets qui feront la réussite de cette matinée. Je l'ouvre délicatement. Il ne s'agit pas d'en faire tomber son contenu. Ce serait un désastre. C'est un vrai trésor. Une petite centaine de mouches artificielles ornent le fond du coffret. Toutes plus belles les unes que les autres. Et pourtant, toutes ne méritent pas de se mouvoir à la surface de l'eau ce matin. Le choix est judicieux. L'eau est clair, mais il fait encore un peu sombre. Une petite sedge attire mon regard. Oui. C'est celle-ci qui débutera. Elle me semble idéal pour débusquer les salmonidés qui s'éveillent. Un petit nœud efficace et me voilà prêt à dérouler ma soie. J'avance lentement dans le lit de la rivière. Il me faut être prudent. Les rochers sont très glissants. Il ne s'agit pas de chuter. On me dit souvent que je suis imprudent de partir seul. Peut-être, mais la solitude est de rigueur dans ces moments. Ce n'est pas un concours de pêche. Une truite se mérite. L'approche doit être délicate. Le silence est d'or. Tout le contraire de ce qu'on me préconise. D'un geste doux et ample, j'actionne ma canne et fait tournoyer ma mouche dans les airs. Un petit sifflement marque le déplacement de la soie. Elle flotte. A quelques mètres au-dessus de la surface de l'eau, elle décrit de longs arcs de cercle. C'est l'instant que je préfère. Celui où l'on doit faire corps avec la nature. Celui où l'on doit se fondre dans le paysage. Je fais maintenant partie de ce paysage. Chaque mouvement est millimétré. Chaque souffle est mesuré. Je me sens bien.

 

Deux petites heures se sont écoulées. Les rayons du soleil effleurent maintenant la surface de l'eau. Il va faire chaud. L'imperméable est rangé. Les lunettes de soleil s'imposent naturellement. Les vaguelettes sont éblouissantes. Il m'a fallu changer de mouche pour garder toutes mes chances de prise d'une truite. Le replat fait par le torrent me permet d'espérer un dénouement positif assez rapide.

- Bonjour.

Je réponds « bonjour » machinalement par pur politesse tout en cherchant d'où vient cette sollicitation.

- Ça mord ? Mes yeux se portent dans le soleil. Je suis ébloui. Pourtant, c'est là-bas que se trouve le sujet de toutes mes interrogations. Je baisse la visière de mon chapeau. Mon bras à hauteur de visage, je viens atténuer la lumière éblouissante.

- Un peu.

Ma réponse est comme un enregistrement, comme à chaque fois qu'un pêcheur me pose cette même question. Par principe, je dis juste ce dont il y a besoin. Par politesse. On dira que les pêcheurs sont un peu rustres. Certainement. Je protège d'instinct mes lieux de prédilection. L'étalage d'une belle réussite ferait de ces rives des autoroutes à badauds. Il me faut quelques minutes pour distinguer la silhouette du perturbateur. Mes yeux commencent par se poser sur ses bottes. Pas mal équipé ce pêcheur. Ce n'est pas un novice. Mieux vaut donc mesurer mes paroles. Le soleil perturbe toujours ma vue.

- Vous en avez pris quelques unes ?

Je me redresse d'un coup. La situation est loin d'être banale. Ce n'est pas le type de pêcheur auquel je m'attendais. Une voix de femme ! C'est bien la première fois que cela m'arrive. Je me déplace de quelques pas sur le côté pour enfin être épargné de cette lumière aveuglante.

- Deux. Non, trois.

La surprise me fait bafouiller. En effet, c'est une femme. Je suis pris entre un sentiment de gène et une attitude d'assurance.

- Cela mord plutôt bien aujourd'hui.

C'est bien la première fois que je dis ce genre de sottise, pour un pêcheur. Un de ses pieds repose sur un rocher surélevé. L'autre est calé dans l'eau. Ses bras sont appuyés sur son genoux. Elle doit être là depuis quelques temps à me regarder pêcher. Et bien, j'espère que ma technique était au top pendant les minutes passées. Il m'arrive de m'emmêler un peu les pinceaux. Quelle jolie femme. Jeune femme devrais-je dire. Une trentaine d'année tout au plus. Ses cheveux bruns sont attachés en arrière. Même si nos accoutrements de pêcheurs ne sont pas dès plus saillants, ils laissent entrevoir une silhouette fine et élancée.

- Vous avez pris quelques choses.

C'est beaucoup plus facile pour un pêcheur de poser cette question que d'y répondre.

- Je viens juste d'arriver.

Il n'y a donc pas longtemps qu'elle était là. Elle a dû arriver par le petit chemin qui descend en aplomb du torrent.

- Vous venez ici souvent.

- Oui, j'habite juste au-dessus.

Aie ! Quel imbécile ! Je suis tellement distrait que je n'ai pas enroulé ma ligne. Il y a une branche et elle est pour moi. Comment passer pour un clown ? J'étais tellement absorbé.

- Il n'y a pas trop profond, vous devriez pouvoir récupérer votre mouche.

- Oui, je pense que cela devrait aller.

Je suis tellement embêté par la situation que c'est tout juste si je me rends compte de mes propos un peu brutes. Bon, il faut que je récupère mon matériel, sans me casser la figure. Il ne manquerai plus qu'une glissade pour être un complet idiot. Où est-elle ? Le temps de me décrocher et elle a disparu.

- Tout est bien qui fini bien.

- Euh....oui !

Elle est encore là. Elle s'est juste déplacée sur la gravière. Elle est tout près de moi maintenant.

- Vous êtes en vacances dans le coin. Ma question est machinale.

- Oui.

Elle n'est donc pas d'ici. Je m'approche doucement de la rive en veillant à bien poser chacun de mes pas. Elle a une belle canne à mouche dans les mains. Mais je ne sais plus vraiment si c'est la canne qui attire le plus mon attention. Je suis un peu perdu. Comme sonné par cette rencontre. Naturellement, je lui tends la main pour lui dire bonjour. C'est une habitude quand on rencontre un autre pêcheur. Lorsqu'on prend le temps de discuter. Ses mains sont fines.

- Désolé, mes mains sont un peu humides.

- Le début de matinée était pluvieux.

- Oui. C'est bon pour la pêche.

Elle semble un peu perdue dans ses waders. Ses yeux bleus reflètent l'eau du torrent. Quelques mèches de cheveux ont échappé à son élastique. Elles viennent flirter sur son visage, balancées par la petite bise matinale. Ses traits fins se démarquent de la rudesse habituelle de ceux des pêcheurs mal rasés et groguis en ces débuts de matinée. La fraîcheur de son visage est comme la nature naissante en ce matin. Elle arbore deux petites boucles sur chaque oreille.

- Elles sont jolies

- Euh...oui

J'ouvre mon panier pour lui montrer mes 3 beaux poissons.

- Leur robe est magnifique. Ce sont des truites sauvages.

- Oui. Nous avons cette chance par ici. La nature n'a pas trop souffert.

- Bon, je vais commencer ma partie de pêche un peu plus haut.

- Oui. Remontez le torrent pendant une centaine de mètre. Vous tomberez sur un replat magnifique. Les truites seront surement mordantes à cette heure.

Incroyable. J'étais en train de lui délivrer mes secrets. Je lui offrais ce que j'avais toujours gardé précieusement pour moi.

- Merci pour le conseil. Bonne continuation. Peut-être à une autre fois.

- Certainement. Je viens tous les jours aux mêmes heures. A bientôt. Bonne pêche.

Je la regarde partir le long du torrent. Elle arpente les rochers, passe sous les branches. Au gré d'un méandre, elle disparaît.

 

Cette rencontre a durée dix minutes. Seulement. Cela m'a paru beaucoup plus. Je sors ma boîte à mouche machinalement. La clarté a changé, il faut que je change de sedge si je veux prendre du poisson. Je suis ailleurs. Il y a quelque chose qui me déconnecte de ma partie de pêche. Je regard ma montre. 11H. Tant pis. Il est temps de rentrer.

 

Le soleil perce à travers les rideaux. Tac! Tac ! Un jeune oiseau donne des coups de bec dans le carreau. Il est habitué à trouver quelques miettes de pain sur le rebord de la fenêtre. Pauvre bête, je l'ai complètement oublié aujourd'hui. Je suis assis devant mon assiette. Je retire machinalement la peau de cette truite sauvage fraîchement pêchée. Mes yeux se perdent dans ces quelques gouttes de beurre qui perlent. Je suis comme absorbé par ces petites bulles, m'amusant à en faire de plus grosses avec la pointe de mon couteau. Mes pensées se perdent sur les rives du torrent. Son visage est si net. C'est comme-ci elle était devant moi. Cette rencontre me bouleverse. Cette jeune femme m'est pourtant totalement inconnue. Je ne sais même pas comment elle s'appelle. Je ne sais pas où elle habite. Elle est en vacances. Elle m'a dit « peut-être à une autre fois », peut-être la reverrais-je alors. J'aimerais bien. J'espère que la rivière lui a plu et qu'elle a pris du poisson. Sinon elle sera déçue et … Mais si imbécile, tu lui as donné les meilleures indications. Que m'arrive-t-il ? Moi qui suis plutôt solitaire. Un coup de foudre ! Non. Non. Pas moi. Moi qui suis plutôt lent en la matière. Prendre son temps. Apprendre à se connaître. Être sûr de soi. Une inconnue en plus. Même pas quelqu'un de par là. Enfin, elle aime la pêche et la montagne sans doute. Sans m'en rendre compte, j'ai mangé mon poisson et pris mon dessert. Secoue-toi. Pendant que je fais ma petite vaisselle, mes yeux son fixés sur le torrent qui s'écoule en contre-bas. Peut-être est -elle encore là. Il est déjà deux heures de l'après-midi. Elle doit être rentrée elle-aussi. Je m'assieds dans mon fauteuil auprès de la fenêtre. Une petite sieste avant d'aller faire quelques courses, voilà la meilleure recette après ma sortie matinale.

Ding dong. La sonnette me réveille en sursaut. Quelle heure est-il ? 14H45. Voilà un sommeil réparateur. Qui peut bien venir à cette heure -ci. J'aperçois la silhouette de ce perturbateur derrière le rideau de la porte d'entrée. Un homme. Un tour de clef. Ma porte est toujours fermée, même quand je suis à la maison. On ne sait jamais. J'ai toujours fait comme cela. Je titube encore un peu. J'ouvre.

 

- Salut Seb

- Salut Fred. Qu'est-ce qui t'amène ? Vas-y entre.

- Je suis allé à la pêche ce matin mais je ne t'ai pas vu. Comme tu y es tous les jours, je me suis dit que t'avais peut-être un souci. En même temps, il était déjà quasiment midi.

- J'étais déjà rentré. Ma pêche était faite. Tu n'as vu personne ?

- Non

- Même un peu plus haut dans les gorges ?

- Non. Pas âme qui vive. Faut dire que le soleil tapait dur. Pas folichons pour les truites. L'eau est drôlement claire. Tu en as pris ?

- Trois. T'es sûr qu'il n'y avait personne. J'avais cru voir un pêcheur un peu plus haut.

- Non non, sans blague. T'as du rêver mon Seb.

- Sans doute

Comment pourrais-je lui parler de ma rencontre ? Non. Ce n'est pas judicieux. Il va encore me chambrer. « Ah! Toi et les femmes ». C'est vrai, c'est un peu compliqué pour moi. Je ne suis pas un « collectionneur ». D'ailleurs, il est toujours célibataire lui-aussi. C'est certain, il a des aventures, mais sans lendemain. Non, je n'ai pas envie de passer une fois de plus pour un imbécile. Je lui offre à boire et je file au supermarché. Je ne vais pas passer mon après-midi à la maison à revisiter tous les ragots du coin. Bien gentil le fred mais nous avons quelques longueurs d'ondes qui divergent.

Comment se fait-il qu'il ne l'ai pas vu ? A cette heure ci, elle devait être au niveau du replat que je lui avait conseillé. Peut-être qu'elle aussi trouvait que la clarté était trop importante. Pourtant, elle arrivait tout juste. Et puis, je sais bien qu'à cet endroit, peu importe la luminosité. On y prend toujours du poisson. La gorge est un peu accidentée. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé. Non. Fred l'aurait vue dans ce cas. Peut-être devrais-je aller voir.

- Je suis désolé Fred mais j'ai une course à faire. Ça te dérange de repasser plus tard ?

- Non, pas de souci. Je voulais juste vérifier que tout allait bien. De toute façon on se voit samedi chez les FRICHAUD.

- Ouai. Luc m'a dit de venir vers 20H pour l'apéro. Je passe te chercher ?

- OK. Pas de problème. Bon bah à Samedi alors. Salut.

- Salut

 

En 2 coups de cuillères à pot comme on dit par chez nous, me voilà parti en direction du torrent et des gorges. C'est à pas de course que je file sur le sentier. Pourquoi autant d'inquiétude. Elle a bien de la famille, des gens qui se seraient inquiétés de ne pas la voir rentrer. Il est quand même trois heures de l'après-midi. J'aurais entendu les pompiers peut-être même l'hélico du SAMU pour la remonter des gorges. C'est plus fort que moi. Le pire me passe dans la tête. J'arrive à m'en convaincre alors que tout me dit le contraire. Je vais monter en haut du Roc Noir. Là, j'aurai une vue du fond des gorges sur toute leur longueur. Il ne me faut pas plus de 3 minutes pour me retrouver perché en haut de cet énorme rocher. Comment la nature a-t-elle pu réussir à le flanquer là sans qu'il ne dévale la montagne jusqu'à s'échouer dans le torrent. Toujours est-il que je suis content qu'il soit ici aujourd'hui. Je scrute scrupuleusement le lit de la rivière. Mes yeux dessinent le tour de chaque rocher, fixent le moindre détail à travers les branches. J'ai une vue précise de toute la falaise. C'est vraiment très abrupte. Rien. Je ne vois rien. Elle n'est pas là. Impossible que le torrent ait pu charrier son corps. Il n'y a pas assez d'eau entre les replats. Et l'eau est tellement claire qu'on y voit le fond. Un corps noyé ne passerait pas inaperçu. Ouf ! Quel imbécile. Je le savais qu'il ne s'était rien passé. Mais c'était vraiment plus fort que moi. Je devais vérifier. Pourtant, il y a bien des pêcheurs que j'ai croisés sur le bord de cette rivière. Je ne me suis jamais inquiété de quoi que ce soit à leur sujet. Là, c'est pas pareil. Elle n'est pas d'ici et elle ne connaît pas la rivière et ses dangers. C'est quand même moi qui l'ait guidée vers les gorges. Fred me dirait qu'elle m'a tapé dans l'œil. Je ne sais pas. Je ne la connais même pas. Je ne sais pas qui elle est. Je ne sais rien sur elle. Pourtant, je suis là.

 

22H30. Je suis avachi dans mon canapé. La télévision est allumée. Pas pour moi, je ne regarde même pas. Mes yeux sont fixés sur la lune pleine qui apparaît dans le coin de la fenêtre au-dessus de l'évier. J'ai les pensées dans mon après-midi. Je suis remonté du torrent après avoir constaté que mes inquiétudes n'étaient pas fondées. J'ai mis beaucoup plus de temps qu'en y descendant. Je ne sais d'ailleurs pas comment je suis passé du Roc Noir à la maison. Je ne me rappelle de rien. J'ai ensuite pris la voiture, fais quelques courses. Le temps est passé. J'ai dû mangé. Oui, la table est encore en plan. Et je me suis assis là. Mes yeux piquent. Je sens la fatigue peser. Que fait-elle en ce moment ? Passe-t-elle la soirée seule ? Avec quelqu'un ? Elle est peut-être mariée ? Quel mari laisserait sa femme partir à la pêche seule dans un torrent. Moi sans doute. On me dit tellement que je suis un peu ours quelquefois. Elle n'est pas restée longtemps dans la rivière. Peut-être que le coin ne lui a pas plu. Elle ne reviendra sans doute pas dans ce cas. Je me suis complètement affalé de tout mon long. Ma tête est posée sur mon coude replié. Mes yeux se ferment. Seules quelques lueurs du feu dans la cheminée apportent un peu de clarté à travers mes paupières. J'irai à la pêche demain matin. Je …

 

Qui fait ce boucan du diable ? Le voisin. Quelle idée de démarrer son quad juste sous ma fenêtre. Il me fait le même coup tous les matins. A croire qu'il fait exprès de donner des coups d'accélérateur. Il doit être environ 8H. Bon sang, il est temps que je me lève. Si je veux aller à la pêche, c'est maintenant où jamais. Après, je risque de me faire souffler ma place. S'il y a déjà du monde avant moi, la partie sera finie avant d'avoir commencée. Petite toilette de chat comme me disait ma grand mère. Un paquet de gâteaux et deux briochettes. Je mets ça dans ma musette et je mangerai en marchant. Mes cannes sont posées à côté de la porte d'entrée. Mes waders sont accrochés au mur sur la terrasse. Heureusement qu'elle est abritée du dépassement de toit, j'ai complètement oublié de les rentrer à l'abri. Encore qu'un jeune mulot pourrait bien avoir décidé de découcher du tas de bois et de se réfugier au font d'une des bottes. Je secouerai tout cela avant de l'enfiler. Chapeau. Gilet de pêche. C'est parti.

 

En marchant sur le sentier, je boulotte quelques gâteaux au chocolat. Il fait meilleur qu'hier matin. Le ciel est clair et le soleil va bientôt sortir de derrière la montagne. Je vais monter directement dans les gorges. La clarté sera moins gênante. Le chemin se fait plus étroit. Quelques branches en travers m'obligent à faire quelques acrobaties. Encore une centaine de mètres. Non. Ce n'est pas possible. Je le savais que j'étais trop tard. Il y a déjà un pêcheur. Bon, je vais rebrousser chemin. Je vais changer de torrent pour aujourd'hui. Je vais peut être m'approcher un peu pour voir. Peut-être que c'est Fred qui m'a devancé ce matin. Quel bougre celui-là. Pour une fois qu'il se lève tôt. Mais non. C'est elle ! Elle est là. Elle est revenue dans la gorge. Je marque le pas et m'appuie le long d'un arbre. Elle se débrouille bien avec sa canne à mouche. Sa soie décrit de grands arcs de cercles. Elle flotte dans les airs. C'est magique cette pêche. C'est somptueux. Je vais me rapprocher un peu. Je ne veux pas la déranger. Il y a un petit éperon rocheux un peu plus loin qui va me permettre de la regarder pêcher sans la déranger. Elle est là, légèrement en contre-bas. Elle dépose sa mouche entre deux rochers. A cet endroit, l'eau fait un petit remou. Hop ! A peine posée, l'esche a disparu et elle a ferré d'un coup sec. Cela à l'air d'être un beau poisson. Elle s'avance lentement dans l'eau, la canne relevée. La truite tente à plusieurs fois de se décrocher en pompant vers le fond. Même quelques cabrioles au-dessus de l'eau n'y font rien. Elle échoue dame fario sur la berge de sable.

- Superbe ! C'est plus fort que moi. Il a fallu que je dise quelque chose.

Elle parait un peu déroutée d'entendre une voix. Son regard se porte vers moi.

- Bonjour. Je suis contente, c'est la première de la saison. Une sauvage en plus.

Je m'approche doucement. Elle prend le poisson dans ses mains et le regarde avec jouissance. On sent la passion dans ses yeux. Un sourire illumine son visage.

- Vous m'aviez dit que c'était un bon coin. Vous aviez raison.

- Ici, ce n'est pas possible de faire une bredouille. Vos gestes sont vraiment parfaits.

- Ah ! Vous étiez là.

- Oui, pas depuis longtemps. Il y a un peu de tout dans les pêcheurs à la mouche. Vous avez l'air d'avoir pas mal pratiqué.

- C'est de famille. Je dois tenir cela de mon grand-père. Il habitait ici. Peut-être que vous le connaissiez. Camille DUROUET.

- Le père DUROUET ! Sûr que je le connaissais. Combien de fois j'ai pu le regarder pêcher quand j'étais gamin. C'était votre grand père ?

- Oui

- Je ne pensais pas qu'il avait de la famille. On le voyait souvent seul, même ces dernières années. Il n' y avait pas grand monde à sa sépulture. C'était pourtant un bonhomme sympa.

- Je sais. Depuis qu'il avait perdu ma grand-mère, on le voyait très peu. Mes parents …..enfin bref. Je suis sur la région parisienne et j'aime bien m'évader à la montagne. Je me suis dit qu'il était temps de venir voir où avait vécu mon grand-père.

- Vous ne connaissiez pas la région.

- J'avais juste vu des photos. Mais bon, la famille c'est parfois complexe, les vacances se passaient ailleurs.

- C'est certain qu'avec les gènes de Camille, vous ne pouvez qu'être douée pour la pêche. Ça se voit.

- Merci.

Nous étions face à face en train de discuter. C'était comme la veille. Mais cette fois-ci, nous avions plus que la pêche en commun. Elle était presque d'ici. Les relations de famille semblaient avoir été compliquées entre Camille et ses parents. Pourtant, c'était vraiment quelqu'un de bien le Camille. Un peu bourru, mais sympathique.

- Je ne veux pas vous empêcher de continuer. Je vais aller sur un autre coin aujourd'hui.

- Vous ne me dérangez pas. C'est agréable de parler avec une personne qui a connu mon grand-père Camille.

- Je pourrais vous parler longuement de quelques magnifiques sorties de pêche qu'il a pu faire ici. Il a bien dû passer à ce même endroit des centaines de fois.

- J'aimerais bien vous entendre parler de lui.

- Bien écoutez, continuez à pêcher et je vais attendre un peu. J'ai vu quelques champignons en venant par le sentier. Je vais aller en cueillir quelques uns. Cela va m'occuper. Je vous parlerai de votre grand-père au retour sur le chemin.

- Oui, je serais vraiment contente.

- On fait comme ça alors

Elle s'agenouille pour reprendre sa canne et entre dans l'eau afin de reprendre sa traque des belles robes sombres à points rouge de la vallée. Je ne peux m'empêcher de la regarder dans ses œuvres. C'est vrai qu'il y a du Camille dans son doigté. C'est presque évident maintenant. Ses yeux sont cachés derrières des lunettes polarisantes. Juste un petit bout de nez qui dépasse. Elle est concentrée sur le moindre de ses gestes, fixée sur la surface de l'eau à guetter la moindre présence d'une truite. Quelques mèches de ses cheveux virevoltent sous l'effet d'une petite bise qui s'engouffre dans les gorges. Les autres sont attachés, comme hier. Sa nuque est dégagée et découvre la courbe de son cou. Tout mince. Le haut de son corps dénudé laisse voir ses épaules. Elle est belle. Je me surprends à être assis sur la gravière. Je devais aller aux champignons. Je suis comme retenu par quelque chose. Gamin, je regardais le père Camille, assis au même endroit. Mais, il en est tout autre. D'autres raisons font que je reste là. Je suis comme attiré par elle. Je ne connais même pas son prénom. Je sais si peu de choses et je reste là.

- Bon, je crois que ce sera tout pour aujourd'hui.

Ses paroles me sortent de mes pensées. 1H est passée. Elle enroule la soie sur son moulinet. La partie de pêche semble terminée. Elle sort lentement du torrent. Elle prend toutes les précautions pour ne pas glisser. Elle vient vers moi. Et maintenant ? Cela me semble si heureux et en même temps, je me sens gourde. Je ne dis pas un mot. J'attends. Comme d'habitude. J'attends. Elle n'est plus qu'à quelques mètres.

- Vous n'êtes pas allé au champignon finalement ?

- Euh ! Non. Je vous regardais pêcher. Je pensais à votre grand -père en vous voyant. Il était doué. Vous lui ressemblez.

- Merci

Pour la première fois, j'aperçois une légère rougeur sur ses joues. Je l'ai gênée avec ce compliment.

- On avance alors ? Que je vous parle de Camille.

- Oui. Allons-y.

Nous partons alors sur le chemin. Il fait maintenant très chaud. Le soleil est au plus haut et domine les sommets. L'ombre des arbres sur le sentier dissémine quelques semblants de fraîcheur sur notre passage. Elle marche devant moi. A quelques moments, le sentier s'élargit. J'active le pas pour revenir à sa hauteur. Puis, je repasse derrière en feignant la courtoisie.

- Vous pêchiez souvent avec mon grand-père

Elle lance la conversation. Je n'ai pas encore dit un mot depuis que nous sommes partis du torrent.

- Surtout pendant les vacances scolaires. Quelques fois le week-end. Je passais beaucoup de temps à le regarder pêcher. J'apprenais. C'était un peu comme mon grand-père. J'aurais passé des heures dans ce torrent si ma mère n'avait pas sonné le rappel au moment du déjeuner.

- Vous avez l'air vraiment passionné ?

- Je suis tombé dedans quand j'étais petit, comme on dit ! J'aime cette montagne , ces torrents. C'est chez moi. Je m'y sens bien. Pour rien au monde je ne partirais. Et puis, la pêche, c'est aussi une histoire de famille.

- Mon grand-père était connu si je vous écoute ?

- Oh oui ! Tout le monde connaissait Camille. Pour ses prises exceptionnelles. Les plus beaux poissons de la rivière. Mais aussi pour son petit côté ronchon. Il fallait pas trop l'enquiquiner. Il faisait aussi rire tout le monde au village lorsqu'il commençait à mimer ses combats avec une truite. Il était un peu théâtral.

En levant le nez de mes bottes, je vois un sourire sur ses lèvres. Elle semble heureuse d'entendre ces histoires. Je sens qu'elle découvre son grand-père à travers mes mots. Un instant nos regards se croisent. Juste un instant. Notre marche en avant se poursuit. La vigilance nous impose de regarder là où nous marchons pour ne pas trébucher. Quelques cailloux pourraient bien se jouer de nous. Nous repartons dans notre jeu de questions réponses.

 

Il nous aura fallu une bonne demie heure pour remonter du torrent là où il faut un quart d'heure habituellement. Déjà. Notre conversation arrive à son terme. C'est passé tellement vite. Je prends goût à sa présence. C'est si agréable de parler avec elle. Je n'en sais toujours pas plus sur elle. Par contre, elle sait beaucoup plus de choses sur son grand-père. Et sur moi.

- C'est votre voiture ?

- Oui. Vous êtes venu à pied ?

- Oui. J'habite juste au-dessus. De l'autre côté du champ. Vous voyez le chalet avec le balcon en bois.

- En effet, vous êtes proche du torrent.

- Je ne changerais pour rien au monde.

- Venez prendre un verre à la maison si vous le souhaitez. Nous continuerons à parler de Camille.

Je me surprends tout seul. Je viens de lui proposer de venir chez moi. Je me sens tellement serein.

- Je ne veux pas vous déranger

- Non non, c'est avec plaisir. Vous tournez tout de suite à gauche après le calvaire en montant et vous arriverez directement à la maison.

- Je vous emmène si vous voulez ?

- Non non, ça va aller. Le temps que vous rangiez votre matériel dans le coffre, je serai chez moi. Que je mette un peu d'ordre avant votre arrivée.

- Ne vous cassez pas la tête. Ce sera très bien. Vous verriez chez moi ! Ce n'est pas la maison du rangement.

- Quand même. A tout de suite

 

3 jours se sont écoulés. Les pieds dans le torrent, mes pensées sont restées accrochées au délicieux moment partagé avec Estelle. Je connais maintenant son prénom. Elle est venue à la maison. Nous avons continué à discuter autour d'un verre. Dans la conversation, il avait été tout à fait naturel d'échanger nos prénoms. Après son départ, j'ai passé mon après-midi à fabriquer des mouches artificielles, assis sur un tabouret en bois, en-dessous de la pergola. Je ne l'ai pas revue depuis. Elle n'est pas allée à la pêche les 2 matins suivants. Elle m'avait dit que des rendez-vous l'empêcheraient de revenir au torrent pendant plusieurs jours. Cela l'embêtait sérieusement. Moi aussi d'ailleurs. Pas un matin, je n'ai manqué l'appel des truites. Plusieurs fois par matinée, j'ai regardé en direction du sentier. Mais comme prévu, jamais elle n'est apparue. Je pêche instinctivement. Je suis ailleurs. Les poissons ne risquent pas grand chose aujourd'hui. Sa rencontre a tout bouleversé. Je suis là sans l'être. Mon regard se perd dans les eaux claires. Là où je contemple habituellement la magie des lieux, là où je ressens habituellement une communion parfaite avec la nature, je suis aujourd'hui comme un corps étranger. Il me manque quelque chose. Quelqu'un. Mon amour des lieux est absent. Il est ailleurs. Mon amour s'est détaché. Je sais maintenant où il se trouve et à qui il est destiné. Estelle. Elle a tout chamboulé. Elle m'a changé. C'est à elle que je pense. C'est elle qui détient maintenant mes émotions. Le reste est inhibé. Plus rien n'existe d'autre qu'elle. En quelques jours, elle a absorbé la moindre de mes pensées. Son visage m'apparait à chaque instant. Aussi clair que l'eau qui s'écoule à mes pieds. Je repasse le film des instants partagés à parler de son grand-père, Camille. C'est donc ça le coup de foudre. Elle m'a arraché à ce que j'étais. A ma solitude. Je ne vois qu'elle. Je ne vois plus qu'elle. Elle me manque. J'ai mal. J'ai le mal de son absence.

- Bonjour

Je me raccroche brusquement à la réalité. C'est elle. J'ai reconnu sa voix. Mon cœur s'est mis à battre rapidement. Je suis comme affolé. Les émotions sont si vives. Je sens une chaleur envahir tout mon être. Mes joues me chauffent. C'est comme une décharge. Plus rien ne compte que de la voir, que de croiser son regard. Elle est là. Elle marche vers moi. Elle n'est plus qu'à quelques mètres. Que vais-je faire ? Que vais-je lui dire ? Saurais-je encore lui parler ? Je lui dis ? Non. Si. J'ai tellement envie qu'elle sache. Oui, mais si … Elle est superbe. Elle n'est pas venue à la pêche. Elle n'a pas son équipement. Elle est en jean. Elle porte un tee-shirt rouge carmin. Ses cheveux sont toujours attachés et laisse voir la finesse de ses épaules. Elle est coiffée d'une casquette. Son sourire est radieux. Elle me fait un signe de la main. Mes yeux la parcourent de la tête aux pieds.

- Bonjour

Machinalement, j'enroule ma soie. Je marche vers la gravière. Je ne la quitte pas du regard. Chaque pas se fait naturellement. Les cailloux ne glissent plus. Je ne sais pas ce que je vais lui dire. J'aimerais.....je ne peux pas, je n'y arriverai pas.

- Ça va ? Ça mord un peu. Je sortais d'un rendez-vous et je me suis dit que vous seriez certainement là.

Elle est maintenant arrêtée. Je ne suis plus qu'à trois pas de pouvoir la toucher. Plus je m'approche et plus mon cœur bas rapidement. Je me sens fébrile. Je frissonne. Pourtant j'ai chaud. Deux pas. Je n'arrive pas à répondre à sa question. Le temps est comme suspendu. Un pas. Je m'arrête. J'ose.

- Vous me manquiez.

Son visage change rapidement. Une pommette rouge apparaît sur chacune de ses joues. Ses yeux fixent les miens. Je ne sais si c'est la clarté éblouissante ou l'émotion qui les font briller. Ses bras descendent le long de son corps. Elle ne bouge plus. Elle semble aussi tétanisée que moi. Mes mots ont comme arrêté le temps.

- ...aussi.

Ses lèvres se sont légèrement entre-ouvertes. Comme un enfant hésite à prendre la parole face à son maître autoritaire. Je n'ai pas tout compris. C'est allé trop vite. Comme pour vérifier ce que je ressens d'elle, je ne peux m'empêcher d'ajouter encore quelques mots.

- Je me sens tellement bien avec vous

- Moi aussi

Tous mes doutes s'évaporent. C'est un vrai soulagement. Comme si toute ma vie ne dépendait que de la réponse qu'elle donnerait. Et en instant, tout se dénoue. Je lui prends la main, juste par le bout des doigts. C'est la première fois que je la touche. Non. Je lui avais serré la main. Oui, mais … Mon geste est assuré, sans hésitation. Je suis tellement proche d'elle maintenant que je sens son souffle sur mon visage. Mon front vient se porter contre le sien. Son petit nez touche ma joue. Sa tête glisse lentement le long de mes joues. C'est une caresse extraordinaire. Sa peau est douce. Alors qu'elle pose sa tête sur mon épaule, elle glisse ses bras autour de moi. Ses mains remontent dans mon dos. Elle me sert contre elle. Comme-ci elle cherchait un réconfort. Je l'enlace également. Ma tête se penche légèrement et se pose sur ses cheveux. Si doux. Si brillant. Ma main droite s'y glisse et vient caresser sa nuque. Je suis bien. Je sens son cœur battre contre ma poitrine. Non. C'est le mien. Il bat si fort, si vite. Elle relève lentement sa tête et s'écarte légèrement. Pour mieux me regarder. Je me perds dans ses yeux. Un petit sourire se dessine au coin de ses lèvres. Elle est heureuse. Je le suis. Elle s'approche doucement jusqu'à poser ses lèvres contre les miennes. J'attendais ce baisé avec impatience. Plus rien ne compte. Sa seule présence me suffit. Son odeur et la pulpe de ses lèvres. Ses lèvres se séparent des miennes. Déjà. Elle me regarde, toujours aussi souriante. Pas un de nous ne dit un mot. Nos regards suffisent à se comprendre. Elle s'adosse au rocher juste derrière elle et me tire vers elle jusqu'à ce que nos corps se touchent. J'ai envie de l'embrasser. Encore. Toujours. Je la serre de nouveau contre moi. Je ne peux résister au goût de ses lèvres.

Quelques minutes sont passées. Une heure peut-être. Peu importe. Nous sommes enlacés. Elle est dans mes bras, son dos contre mon torse. Sa tête légèrement penchée repose sur le haut de mon bras. Nous regardons tous deux le torrent. Ce fameux replat que je lui ai conseillé lors de notre première rencontre. Les branches des arbres viennent effleurer la surface de l'eau. Un rayon de soleil vient se refléter dans l'eau et fait scintiller de milles feux les gouttes d'eau sur les rochers à demi immergés. C'est comme-ci les lieux nous donnaient à lire ce qui se passe en nous. C'est magnifique. Je ne me lassais pas de la beauté de ces gorges. Je les trouve encore plus belle.

- Je pense que tu ne prendras pas de poissons aujourd'hui

Je sens quelques petits sursauts de son corps qui trahissent son rire.

- Je ne pêchais pas. Je t'attendais.

- J'aimerais que cela ne s'arrête jamais.

- Moi aussi. Cela peut continuer.

- Qui es-tu ? Qui es-tu pour me rendre folle amoureuse aussi vite ?

- Un ami de Camille

Je sens une nouvelle fois son rire se communiquer à l'ensemble de son corps.

- Si mon grand-père me voit !

- Il y a de grandes chances qu'il soit là

- Tu crois ?

- Sa conscience navigue certainement dans ces gorges. Il guide la mouche du pêcheur pour qu'elle se pose judicieusement

- Il guide sa petite fille dans les bras d'un pêcheur inconnu

- Il me connaît bien

- Alors je suis en sécurité. Il a fait le bon choix pour moi.

- Pour nous

- Rentrons. Je veux savoir qui tu es.

Elle s'était tournée vers moi. Je la regarderais pendant des heures. C'est vrai que nous nous connaissons si peu. Nous avons encore tellement à nous dire. Tellement à découvrir.

- Oui. Rentrons. Je veux bien que tu me déposes aujourd'hui.

Et nos rires se mêlent au chant des eaux du torrent.

 

 

Les neiges des glaciers fondent lentement.

Les gouttes d'eau s'unissent et ruissèlent sur les flans des montagnes.

Des torrents se dessinent et dans leurs méandres arpentent les vallées.

Les fleuves formés iront à la mer, et les gouttes d'eau en s'évaporant retourneront à la source.

La vie se déroule ainsi au gré du temps. Des histoires se créent, se vivent et se terminent. Seules les gouttes d'eau coulent dans une immortalité insolente.

J'ose croire que l'homme aussi reste et demeure. Sa conscience perdure en ces lieux majestueux.

 

Son amour ne succombe pas. Il enveloppe dans ses bras ceux qui vivent ici bas.

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Nouvelles
commenter cet article
14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 10:20

 

Pause

 

 

Parfois l'envie que tout s'arrête

Que le silence s'installe, que le monde se fige

Plus de bruit, plus de course, simplement une pause

Dans le rythme de la vie, que le calme s'impose

 

Je dis stop à cette vie qui se fout de la vie

A le pression des grands hommes sur les tous petits

A tous ceux qui imposent leur propre vie

Sans penser qu'dans ce monde il y a d'autres envies

 

Naufragés de ce monde, galériens du quotidien

Nous sommes tous victimes à la fois complices

Si tu veux changer ces choses qui te minent

Mets un pieds devant l'autre et prends toi en main

 

Faire un choix c'est accepter de perdre

Tu n'auras jamais tout les bonheurs que tu souhaites

Mais au moins tu resteras dans le vrai avec toi

Tu n'te mentiras pas, ta vie t'appartiendra

 

Dans ce monde que tu veux coller à ta peau

Ne sois pas aussi bête que ceux de là-haut

Regarde autour de toi, fais toi un chemin

Mais n'oublie surtout pas de serrer d'autres mains

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Chansons
commenter cet article
14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 10:18

 

Le désespoir du singe

 

 

Il y a des hommes qui prétendent ne s'être jamais arrêtés

D'avoir toujours avancé face à l'adversité

Ils portent des costards grisés, ont le visage relifté

Mais que peut-il se cacher derrière cette image dorée

 

Ils ne semblent pas connaître la brume des douleurs accumulées

Ils paraissent invincibles, imperméables à la réalité

Et pourtant croyez bien qu'au delà des apparences

Ils ont eu aussi leur boulet à porter

 

De l'homme si fier, tête haute à l'allure assurée

A celui qui est né dans les bas quartiers

De l'enfant au vieillard, des pauvres aux plus friqués

On a tous une part de malheur accrochée aux souliers

 

N'enviez pas celui qui paraît bien se porter

Ne cherchez pas non plus à atteindre le trop éloigné

L'ivresse des sommets n'est qu'un leurre assuré

La réalité vaut mieux que trop rêver

 

Ça fait penser aux singes grimpant l'araucaria géant

Qui rendus en haut des cimes s'y retrouvent coincés

Y a-t-il vraiment une différence entre ces deux êtres vivants

Sinon le désespoir du singe et d'un animal plus évolué

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Chansons
commenter cet article
14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 10:17

 

Des mots

 

 

Quelques mots griffonnés sur une feuille blanche

Juste quelques mots pour donner un sens

Trace d'une vie, de bonheur, de souffrances

Quelques palabres pour qui ne veut entendre

 

Exutoire d'une vie d'insouciances

Quelques lignes qui parlent de mes errances

Des psychoses, tous les maux qui me hantent

Une feuille qui se grise sous l'encre de mon sang

 

***

 

J'écris, oh j'écris, mon histoire, mes pensées, mes égéries

J'inscris, je délie, une ligne de vie sans pli

Je mets à plat tous les vents, les tempêtes, les tourbillons du temps

J'ose écrire qui je suis, protégé, le papier se déchire

 

***

 

Mon amour, mes « je t'aime », mes envies

Mes plaisirs, mes fantasmes, tout ce que j'ensevelis

Des centaines de mots que je ne saurais dire

Des centaines de mots qui me feraient rougir

 

J'en écrierais des livres, enfermé dans l'isoloir

J'y cacherais mes cris, mes joies, mes espoirs

Une pudeur, une lâcheté ou un égo notoire

Peu importe le lecteur, je ne lui demande pas d'y croire

 

***

 

 

J'écris, oh j'écris, mon histoire, mes pensées, mes égéries

J'inscris, je délie, une ligne de vie sans pli

Je mets à plat tous les vents, les tempêtes, les tourbillons du temps

J'ose écrire qui je suis, protégé, le papier se déchire

 

***

 

 

J'écris, oh j'écris, mon histoire, mes pensées, mes égéries

J'inscris, je délie, une ligne de vie sans pli

Je mets à plat tous les vents, les tempêtes, les tourbillons du temps

Un coup de gomme et les mots s'envolent

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Chansons
commenter cet article
14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 10:16

 

L'eau

 

 

L'eau frissonne au gré du vent

La vie suit le cours du temps

L'eau trainée par les courants

Creuse son lit gentiment

 

L'eau colporte allègrement

Les objets jetés dedans

L'eau repère des poissons blancs

File son chemin gaiement

 

Un filet d'eau

Suivant le méandre des collines

Un filet d'eau

Comme je l'imagine

Un filet d'eau

Variant au gré du temps

Un filet d'eau

Serein ou bien violent

 

Un cours d'eau

 

L'eau limpide des torrents

Se promène à travers champs

L'eau si fraîche et si fragile

Où s'abreuve cet agneau blanc

 

L'eau qui paraît si tranquille

Et soumise au mauvais temps

L'eau déchaînée si facile

Fait peur à tellement de gens

 

Un filet d'eau

Suivant le méandre des collines

Un filet d'eau

Comme je l'imagine

Un filet d'eau

Variant au gré du temps

Un filet d'eau

Serein ou bien violent

 

Un cours d'eau

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Chansons
commenter cet article
14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 10:15

 

Mon chemin.

 

 

Mon chemin est un sentier de montagne.

 

Quelques fois très large, quelques fois très étroit.

 

Il traverse de magnifiques pâturages, sillonne les vallées.

 

Il est parfois bordé de précipices interdisant le moindre faux-pas,

Il peut monter à flan de montagne par des pentes abruptes,

Ou s'élever lentement au gré des méandres.

 

Il peut traverser des gravières, des névés, enjamber des éboulis,

Il longe aussi petits ruisseaux et torrents,

Aux eaux fraîches et limpides.

 

Mon chemin est parfois fatiguant, enchaînant les pentes,

Mais aussi très paisible dans les prairies verdoyantes.

 

Je ne sais pas ce que me réserve mon chemin,

J'en découvrirai les secrets au fil du temps.

 

Mais il est une chose que je sais,

Mes choix en dessinent le profil.

Ils le rendent facile ou difficile à arpenter,

Ils lui donnent verdoyance ou aridité.

 

Sur ce chemin,

Il ne faut pas regretter les paysages passés et présents.

La route se trace au gré du temps,

Il est donc toujours possible de la changer,

La liberté de choisir m'est donnée.

 

La vie n'est pas déjà dessinée.

Exception faite de la Santé,

Nous avons la possibilité de la modeler.

Tout est choix même s'ils sont difficiles à faire,

Heurtant principes, proches, ... bousculant le quotidien,

Mais sur ce point, notre vie nous appartient.

 

J'ai des rêves à réaliser et ne veux point de regrets

Lorsque l'épilogue de la vie me sera annoncé.

Je dois donc faire de mes choix

Des outils ajustés à des fins de désirs concrétisés.

Repost 0
Published by Sébastien POUVREAU - dans Poèmes
commenter cet article

Présentation

  • : Sébastien POUVREAU
  • : Je réserve ce blog au recueil de mes écrits : paroles de chansons, nouvelles, poèmes, billets d'humeur, histoire de vie ... Un petit bout de moi à travers des mots !
  • Contact

Profil

  • Sébastien POUVREAU
  • L'écriture est pour moi un plaisir et une nécessité. Les mots couchés sur le papier sont le réceptacle de ma vie, de mes émotions, de mes envies, de mes fantasmes... C'est presque facile ! Je déroule simplement ma pensée par écrit.
  • L'écriture est pour moi un plaisir et une nécessité. Les mots couchés sur le papier sont le réceptacle de ma vie, de mes émotions, de mes envies, de mes fantasmes... C'est presque facile ! Je déroule simplement ma pensée par écrit.

Recherche

Catégories

Liens